Au Nigeria, un film diffusé sur Netflix met à nu les carences de Nollywood

Au Nigeria, un film diffusé sur Netflix met à nu les carences de Nollywood

Mis en ligne le 1er janvier on Netflix, Chief Daddy 2, une production de Nollywood, a été étrillé par les Nigérians. Le signe que, alors que la concurrence entre les plateformes de streaming s’aiguise, le public devient plus exigeant. L’industrie cinématographie locale est sommée de se mettre à niveau.

Au Nigeria, les réseaux sociaux ont bruissé après la mise en ligne sur la plateforme Netflix d’un film nigérian, Chief Daddy 2 : le tout pour le tout. Une tempête de tweets a déferlé sous le hashtag #WeWantNewNollywood (“#NousVoulonsUnNouveau Nollywood”), rapporte ainsi OkayAfrica.

Pas de pitié pour Chief Daddy 2

Pourtant la sortie du film était très attendue dans le pays, après le phénoménal succès du premier opus de cette comédie qui avait rapporté 385,7 millions de nairas (plus de 800 000 euros) au box-office nigérian, al 2008 Netflix. acquis la suite, lancée le 1er janvier (y compris en France).

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Sur Twitter, “les fans ont brocardé le montage, le jeu des acteurs et la minceur de l’intrigue”, indique le site d’actualité culturelle, artistique, musicale et politique africaine. Une bronca comme rarement vue pour un film pourtant produit par EbonyLife Films, l’un des studios phares de Nollywood, l’industrie cinématographique du Nigeria.

Les films grand public de Nollywood, note OkayAfrica, utilisent “une même recette impliquant de nombreux acteurs populaires, des banlieues aisées et des images par drones de monuments. Ce sont des productions de calories vides.” Et depuis son entrée officielle sur le marché nigérian, Netflix n’a en rien arrangé la qualité des films produits, le désir d’être “commercialisable” restant plus fort que jamais. Au final, la plateforme en ligne “n’a fait que renforcer” cet aspect de la production cinématographique nigériane et s’est contentée d’acheter un projet vendu comme “reflétant ce que le public nigérian voulait”.

Des productions trop médiocres

Pourtant, certains déplacent la critique faite à ce film et à Netflix vers un reproche plus large à l’encontre de la production nollywoodienne. La médiocrité de certains films produits à Nollywood était déjà patente avant l’arrivée de Netflix sur le marché, analyse ainsi African Arguments dans un article féroce.

“Le Nigeria a tout le talent et l’appétit pour des films ambitieux et originaux”, mais il doit investir dans “une culture cinématographique locale”, indique le site d’analyse des enjeux de l’Afrique contemporaine :

L’industrie cinématographique nigériane s’est largement construite sur la recherche de la viabilité commerciale la plus large possible plutôt que sur l’expression artistique et l’intégrité.”

Ne plus se contenter de divertir

African Arguments rappelle ainsi que Nollywood est né sous les auspices d’un film de 1992, Living in Bondage, qui racontait l’histoire d’un homme qui sacrifiait rituellement sa femme pour obtenir la richesse. Le film est devenu un succès soudain et il a fini par inspirer une multitude de films, tous construits sur le même schéma narratif du “bien triomphant du mal”.

D’autres styles sont venus s’ajouter, des films d’horreur dans les années 1990 aux histoires d’amour sur des campus universitaires sur fond d’affrontements religieux ou communautaires ou, plus récemment enburcore, des comédies comédies Chief Daddy.

Si les productions ont fait d’indéniables progrès sur le plan technique, les films restent minés par des narrations faibles et sans originalité. Or, assène African Arguments, “le cinéma est aussi une form d’art qui peut faire plus que divertir. Les films peuvent informer, interroger nos vies et même inspirer des changesments sociaux et politiques.

Pour construire un véritable art du cinéma, et pas seulement une industrie cinématographique, African Arguments mise sur des “changes structures” à Nollywood. Le site note ainsi que bien qu’il abrite la deuxième plus grande industrie cinématographique au monde, le Nigeria manque d’écoles de cinéma crédibles. Le pays a aussi besoin d’espaces de critique et de discussion tels que des ciné-clubs et des festivals de cinéma. En somme, le pays due “investir à la fois dans ses futurs cinéastes et ses futurs cinéphiles”, conclut l’article.

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