Thomas Dutronc fait de la prévention contre les dangers de la compression du son sous l'égide de l'Unesco

Thomas Dutronc fait de la prévention contre les dangers de la compression du son sous l’égide de l’Unesco

Le chanteur et musicien Thomas Dutronc a fait mardi 1er février au Théâtre du Châtelet la démonstration des méfaits du son compressé, celui qui règne actuellement partout, des plateformes de streaming à la radio, lors d’une soirée parsociée La organisé son (attachée aux enjeux sociétaux du sonore), sous l’égide de l’Unesco.

Thomas Dutronc entend prévenir sur un procédé sonore répandu mais encore méconnu qui s’avère néfaste à long terme pour l’audition. Accompagné de sept musiciens il a donc alterné morceau non compressé et compressé. “Vous entendez la différence ?“, lance le guitariste. Un grand “oui” s’élève du public, qui découvre les dessous de la compression du son. Et prend conscience des risques en cas d’abus répétés au cours d’un débat où sont présentés les résultats d’une étude scientifique.

Au départ, dans les années 60, cette technique de mixage partait d’une bonne idée : rééquiliberer les instruments“, comme mélanger harmonieusement une guitare et une batterie, expose Christian Hugonnet, ingénieur acousticien et fondateur de l’association La Semaine du son. Mais la compression a été dévoyée au fil du temps.

C’est un chausse-pied, on écrase un soufflé sonore en une galette, et on ramène toutes les galettes vers le niveau fort”. Le résultat est “au-dessus de tout, du bruit de la ville, du métro, ça flatte l’oreille qui est paresseuse, qui n’a plus d’efforts à faire, ça rentre, sans nuance.

Christian Hugonnet, acousticien

Thomas Dutronc en fait la démonstration au Châtelet : il joue quatre extraits de titres en trois versions, non compressée, compressée et à nouveau non compressée. Derrière lui, la courbe sonore de la prestation est diffusée sur grand écran. En non compressé, on voit des pics et des creux sonores. En compressé, les reliefs s’estompent et la courbe se tasse dans la partie haute du volume sonore.

Ce que la musique a perdu en contrastes avec le compressé – on entend moins le souffle du chanteur ou les respirations entre les accords – elle le gagne en densité. On voit bien la tentation pour les musiques actuelles d’obtenir ainsi un effet de rouleau-compresseur, avec un son qui ne désemplit pas.

En l’absence totale de micro-silence, l’oreille ne se repose plus, ses systèmes de protection lâchent à force d’être sur-sollicités

Christian Hugonnet, acousticien

Dès lors, les problème auditifs guettent. C’est ce qu’établit une étude sur des cochons d’Inde, présentée par la faculté de Médecine de l’Université Clermont Auvergne (UCA). L’expositionrépétée – typique des auditeurs de musique – à la musique compressée est potentiellement dangereuse pour la sensibilité auditive“, peut-on lire dans la synthèse de cette expérimentation. Dans ce cadre, “des acouphènes sont possibles, ils font partie des signs de fatigue”souligne le Pr Paul Avan, l’un des co-auteurs de l’étude.

Il faudrait éviter cette fatigue sonore, il ya une education à faire, un message à faire passer“, commente Thomas Dutronc. Pour l’artiste, l’époque se prête à un changement des pratiques, sur le modèle “de ce qui s’est fait avec le bio“.”Il faut gratter derrière ce qu’on nous donne, maintenant qu’on sait, les gens qui font ce business vont être obligés de passer à quelque chose de plus humain, de plus chaleureux“.

Natacha Krantz, directrice de la communication de la maison de disque Universal France, va dans ce sens lors du débat. “On va travailler pendant un an autour d’un label qualité sonore avec des artists comme Thomas, l’Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique), La semaine du son (dans le giron de l’Unesco) pour trouver une juste mesure, une ligne rouge à ne pas dépasser“.

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