Monica Vitti qui vient de s'éteindre à 90 ans ne croyait pas en sa beauté. Et ne voulait pas se cantonner au cinéma intellectuel d'Antonioni.

Les grands films de Monica Vitti, la reine du cinéma italien disparue à 90 ans

DISPARITION – Le ministre italien de la culture, Dario Franceschini, vient d’annoncer le décès de la grande actrice. La richesse de son registre fit d’elle l’incarnation du grand cinéma transalpin des années 1960 et 1970. De L’avventura à La Fille au pistolet en passant par Drama de la jalousie.

Dans les anthologies du grand cinéma italien des années 1960 et 1970, elle restera celle dont le talent aura réconcilié le cinéma élitiste d’Antonioni avec les comédies sociales de Risi, Monicelli, Scola et consorts. La filmographie de Monica Vitti qui vient de nous quitter à l’âge de 90 ans, est le reflet de la richesse du registre d’une actrice qui avait su ne pas s’enfermer dans un genre.

Après des années de formation au théâtre où elle s’exerça en jouant des auteurs aussi différents que Feydeau ou Brecht, Monica Vitti trouve son Michel-Ange. Avec Antonioni, qui comprend avant les autres que cette femme qui n’aimait pas sa beauté peut devenir l’égérie dont il a besoin pour écrire en noir et blanc ses poèmes de l’incommunicabilité. Elle devient alors le symbole de la comédienne intellectuelle. De leur fusion professionnelle et sentimentale naît L’avventura (1960), La Nuit (1961) et L’Éclipse (1961) ou elle partage le haut de l’affiche avec Alain Delon. Un quatrième film, Le desert rouge, complétera cette trilogie. Point d’orgue d’une œuvre exceptionnelle. L’actrice romaine y campera avec une justesse saisissante une femme névrosée par le monde moderne.

En 1968 débute le grand virage de la carrière de Monica Vitti. L’ère Antonioni, qu’elle ne reniera jamais, est désormais derrière elle. L’humour, la commedia dell’arte deviennent une priorité indispensable à ses yeux. Elle n’hésite pas à le proclamer : «Je préfère rire et comme toutes femmes, j’ai deux visas.»

Après avoir incarné une sorte de 007 en minijupe dans Modesty Blaise de Joseph Losey, elle tourne un petit bijou d’humour acidulé, La Fille au Pistoletsous la direction de Mario Monicelli.
Pour l’actrice le succès de ce film est une révélation. Monica Vitti travaillera, après Monicelli, avec les plus grands noms de la comédie Italienne. On peut citer : Ettore Scola (Drama de la Jalousie), Dino Risi (Moi, la femme), Alberto Sordi (Poussière d’étoile)…

Au milieu de cette belle litanie dédiée au rire, l’actrice n’oubliera pas pour autant le cinéma intellectuel puisque en 1974, elle fera partie de l’impressionnante distribution du Fantôme de la liberte de Luis Bunuel.

En 1995, elle épouse le réalisateur et chef-opérateur Roberto Russo, après 20 ans de vie commune. C’est lui qui, en 2011, annonce que Monica Vitti est atteinte depuis quinze ans de la maladie d’Alzheimer. En 2018, il confirme qu’elle vit toujours à Rome avec l’assistance d’une aide-soignante.

Dans un communiqué, le ministre de la Culture italien Dario Franceschini a dit toute sa tristesse d’apprendre la mort de cette grande comédienne. «Adieu à Monica Vitti, adieu à la reine du cinéma italien. Aujourd’hui est un jour vraiment triste, une grande artiste et une grande Italienne disparaît»

En hommage au talent de Monica Vitti, Le Figaro présente un florilège des rôles mémorables d’une actrice qui aimait à dire: «Ce que j’aime le mieux dans la vie? La vie!». De L’avventura à Camera d’Albergo en passant par La Fille au pistolet et Modesty Blaiseles plus beaux films de la merveilleuse «ragazza» romaine.
L’avventura de Michelangelo Antonioni, en 1960, avec Gabriele Ferzetti, Monica Vitti, Lea Massari…

La Nuit (La note ) de Michelangelo Antonioni, en 1961, avec Jeanne Moreau, Monica Vitti, Marcello Mastroianni…

L’Eclipse (L’Eclisse ) de Michelangelo Antonioni, en 1962. C’est le troisième film de la trilogie d’Antonioni après L’Avventura (1960) et La Notte (1961), avec Alain Delon, Monica Vitti, Francisco Rabal…

Château en Suède de Roger Vadim, en 1963, avec Curd Jürgens, Monica Vitti, Jean-Claude Brialy, Jean-Louis Trintignant…

Les Poupées (Le bambole ), en 1965, est composée de quatres sketches: Le Coup de teléphone de Dino Risi avec Virna Lisi et Nino Manfredi; La Soupe de Franco Rossi, avec Monica Vitti et Orazio Orlando; Le Traité de génétique de Luigi Comencini, avec Elke Sommer et Maurizio Arena; Monseigneur Cupidon de Mauro Bolognini, avec Gina Lollobrigida, Akim Tamiroff et Jean Sorel

Modesty Blaise de Joseph Losey, en 1966, avec Monica Vitti, Terence Stamp, Dirk Bogarde….

La Fille au pistolet (La ragazza con la pistola ) de Mario Monicelli, en 1968, avec Monica Vitti, Stanley Baker, Carlo Giuffré…

Drama de la jalousie d’Ettore Scola, en 1970, avec Marcello Mastroianni, Monica Vitti, Giancarlo Giannini…

Le Fantôme de la liberte de Luis Bunuel, en 1974 , scénario coécrit par Jean-Claude Carrière. Le titre du film est inspiré du Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels: Un fantôme (le communisme) parcourt l’Europe avec Bernard Verley, Jean-Claude Brialy, Monica Vitti…

Chambre d’hôtel (Camera d’albergo ) de Mario Monicelli, en 1981, avec Vittorio Gassman, Monica Vitti, Ida Di Benedetto…

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