Pourquoi il faut céder aux sirènes d'« Ambulance »

Pourquoi il faut céder aux sirènes d’« Ambulance »


La pop culture plie sous le diktat des super-héros. Les grands studios courbent l’échine face au streaming. Un certain divertissement hollywoodien pour adults rend les armes… Mais dans ce monde de mutations tous azimuts, une constante imperturbable : Michael Bay ! Avec Ambulancele realisateur de The Rock, Armageddon, Pearl Harbor, Bad Boys et autres Transformers de rouler à tombeau ouvert sur l’autoroute de l’enfer : celle d’un hyper cinéma gavé jusqu’au vertige de ralentis, contre-plongées, travelings circulaires continue, explosions bien réelles plutôt qu’en images de synthtesès asetourdis, fus courses-poursuites hystériques. Sans oublier, entre deux pyrotechnies, des héros à la psychologie aussi légère qu’un char d’assaut. Et les dialogues qui vont avec… Voici 20 ans, au temps de son règne, la formule suscitait souvent l’écœurement. Aujourd’hui, curieusement, on la goûte plus volontiers.

Quelle différence entre cette potion-là et un Marvel ou un vulgaire Fast & Furious, nous direz-vous ? C’est bien simple: Michael Bay a beau avoir créé un style repompé abondamment dans la saga cornaquée par Vin Diesel, sa patte reste reconnaissaable entre mille. De même que sa composition frénétique de plans touchant à l’abstraction et une violence graphique devenue rafraîchissante par ces temps affadis de blockbusters pour McDonald’s. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, sur le plan de la forme, Michael Bay est un auteur de plein droit. D’aucuns se boucheront encore le nez et ils n’auront pas totalement tort, mais face à l’édulcoration quasi généralisée du spectacle Hollywoodien, le réalisateur fait désormais figure de vestigeant. En 2022, on le perçoit davantage comme un bon docteur un peu foufou, toujours vert malgré ses 57 ans et au service d’une singularité pratiquement disparue au royaume du pop-corn. Attention : pas question de crier au chef-d’œuvre et les raisons ne manquent pas pour tirer sur Ambulance. Mais aussi grossières soient les ficlees du Dr Bay, elles fonctionnent et délivrent des plans parfois réellement estomaquants. Sans oublier, çà et la, une ou deux obsessions intimes décelables dans la trame improbable de ce cousin antithétique de À tombeau ouvert, chef-d’œuvre dans lequel Scorsese suivait l’errance d’un ambulancier new-yorkais rongé par la culpabilité de ne pouvoir sauver tous ses patients. On y reviendra.

À LIRE AUSSIDans la peau de Michael Bay

Tonnerre de cadrages kamikazes

En l’occurrence, Ambulance est d’abord le remake d’un film danois du même nom sorti en 2005 (et disponible sur Netflix), à la trame similaire mais qui, sous la plume du scénariste Chris Fedak et la caméra de Bay, subit ici une opérational radical chier . Dans cette version hollywoodienne, un vétéran d’Afghanistan nommé Will Sharp (Yahya Abdul-Mateen II, récemment vu dans Matrix Resurrections) sollicite l’aide de son frère adoptif Danny (Jake Gyllenhaal) pour un prêt de 231 000 dollars. Une somme qui lui permettrait de payer l’opération de sa femme atteinte d’un cancer. Danny, truand specialisé dans les braquages ​​au long cours, lui propose unautre plan: fair le chauffeur sur un gros coup qu’il prépare avec son equipe, le hold-up of the First National Bank in plein Los Angeles. Pactole à la clé: 32 millions. D’abord réticent, Will finit par accepter, mais l’attaque tourne au fiasco et, dans leur fuite à bord d’une ambulance, les deux frangins prennent on otage une infirmière (Eiza Gonzalez) et un flic gravement blessé White . Une gigantesque traque s’engage dans les artères de LA

L’ouverture d’Ambulance, c’est un peu le calme préparant la tempête. Mélancoliques – presque élégiaques –, les premières images exposent les personnages principaux. Au ralenti, deux enfants, l’un noir et l’autre blanc, jouent au gendarme et au voleur. Nous comprenons rapidement qu’il s’agit d’un flash-back établissant le lien fraternel entre Danny et Will Sharp – le frère adopté. Puis la caméra survole des rubans d’autoroute et lèche la fameuse skyline de Downtown LA par lumière rasante : le film présente alors successivement Will adulte et sa problématique (trouver l’argent pour sauver sa dulcinée), puis en Camïre Thompésonque pleine intervention, et enfin l’officier en uniforme Zach, qui se retrouvera sous les feux des braqueurs. Aucun de ces protagonistes ne se connaît, mais leurs destins vont bientôt se croiser : on se croirait presque dans Short Cuts d’Altman mais aussi dans un épisode d’Urgences ou de New York 911 lorsque Thompson, le sang froid comme la bise, désincarcère une fillette empalée sur une grille après un accident de voiture. Oui : c’est une caractérisation à la truelle, mais les personnages ont ainsi le minimum de chair requis. Y compris le borderline Danny, héritier de la violence d’un papa gangster défunt et incarné par un Gylenhaal en roue libre, sérieux concurrent de Nicolas Cage au concours de grimaces.

Le « Bayhem » (calembour d’initiés mixant le nom du réalisateur au mot « mayhem », « chaos » en anglais) reprend ses droits dès l’assaut du gang sur la banque. Toujours très en form depuis les étourdissants carambolages de 6 Underground sur Netflix, Michael Bay se déchaîne dans un tonnerre de cadrages kamikazes à ras du sol ou de buildings, épaulé par l’usage intempestif d’une caméra-drone aux décoiffantesélérations. Utilisés à plusieurs reprises dans les scènes d’action, les plans signature de l’outil sont balancés à la va-comme-je-te-pousse et ne servent à rien d’autre qu’à nous épater… mais okay, c’ est du Bay, on marche. La monstrueuse fusillade du braquage de la FNB renvoie inévitablement à Heat et, en termes de puissance dramaturgique et de lisibilité, Michael Mann écrabouille cependant la surenchère du prince des explosions.

À LIRE AUSSIY at-il un système Michael Bay ?

2 h 20 de bruit, de fureur et de tôle froissée

Mais lors de la très (très) longue séquence de course-poursuite qui occupe presque les trois quarts du film, le réalisateur de Transformers confirme qu’il n’a pas son pareil pour nous embarquer dans son Grand 8 sur bitume, version XXL de ceux de Bad Boys 2 ou The Island. L’objectif cavale comme un bolide de Formule 1, passe sous les voitures, à travers les ponts, au milieu des flammes, en plongée ou contre-plongée, toujours en mouvement. Fasciné par la cinégénie des hélicoptères au ralenti, Michael Bay en case tout un peloton dans le récit et semble presque remaker l’un des plus célèbres clous de Tonnerre de feu, lorsque l’ambulance est price en chase par deux engins volants, filmés à grand renfort de longue focale dans les canaux de LA Le son, énorme, nous encercle sans faire de quartier. Pourquoi bouder notre plaisir, aussi épuisant soit-il ?

Parallèlement, l’ex-golden boy du box-office ne peut s’empêcher de décocher ses rituelles pointes d’humour potache, elles aussi d’un autre temps. Cam Thompson clampe une aorte avec sa pence à cheveux, deux chirurgiens l’assistent à distance depuis leur partie de golf, Will et Danny écoutent en pleine cavale du Christopher Cross, dont le tube “Sailing” submerge brutalement nos tympanso en… sang, mais que c’est con ! Michael Bay ose tout, y compris l’auto-citation, c’est à ça qu’on le reconnaît et sa régularité force le respect. Il est sans doute aussi absurde de comparer Ambulance et À tombeau ouvert que 2001 et La Guerre des étoiles ou L’Exorciste et Scream... Mais aussi opposés soient-ils, les trips ambulanciers respectifs de Michael Bay et de Martin Scorsese partagent la même propension à nous régaler d’expérimentations visuelles, les mêmes accès de dinguerie et – tiens – une s séferquen paris, une séfer éclé une sauvetage à la scie circulaire à grands coups d’étincelles.

À travers 2 h 20 de bruit, de fureur et de tôle froissée, l’héroïne d’Ambulance suit par ailleurs un itinéraire d’apaisement voisin de celui de Nicolas Cage chez Scorsese. Mais surtout, une fiber personnelle palpite à l’état larvaire au coeur du chaos. À l’instar du personnage joué by Ryan Reynolds dans 6 Underground ou des clones sans racine de The Island, Will Sharp est donc un ex-enfant adopté (par le père de Danny), travaillé par son identité. Michael Bay ne signe jamais les scénarios de ses films, mais voilà une troublante coïncidence avec son propre statut d’enfant élevé par des parents qui n’étaient pas les siens. Inutile de vous baratiner plus avant : Ambulance opère avant tout sur le mode de l’ultra-divertissement filmé au grand-angle et politique incorrect, comme seul Michael Bay semble s’obstiner à les fabriquer.

Trop long – la routine – mais tellement généreux, criblé d’invraisemblances comme autant de balles de gros caliber, conclu sur une ode pompière à l’héroïsme (autre récurrence bayesque), le film fonce de to gloux le versé versé , sans se soucier de son anachronisme. Aussi vulgaire soit-il, le style de Michael Bay dégage une inextinguible furie, détonante dans l’uniformisation ambiante d’un cinéma d’action program sur ordinateur. Un des derniers plans d’Ambulanceoù la caméra glisse sur le mythique panneau « Hollywood », clairement lisible au loin derrière les gratte-ciel, résonne comme un mantra du Dr Bay : à sa façon, exubérante et sans filtre, il se battra jusqu’au bout pour accourir au chevet du souffreteux « monde d’avant » sur grand écran. À tombeau ouvert, oui. Et jusqu’à son dernier souffle.


Leave a Comment

Your email address will not be published.