Avec « Les enfants des justes », Fabien Onteniente rend hommage aux héros ordinaires - Cinéma

Avec « Les enfants des justes », Fabien Onteniente rend hommage aux héros ordinaires – Cinéma



Vos premiers films sont très loin des comédies qui vous ont rendu célèbre. C’est un retour aux sources ?

Dans « La vitesse d’un cheval au galop » et « Tom est tout seul », j’ai essayé de mélanger plusieurs genres, l’émotion, l’humour… Et puis, pour mon film, « Grève party », un distributeur m’a fait visiter un multiplexe et il m’a dit : « Qu’est-ce que tu veux faire comme genre de films ? Il faut que tu choisisses ». J’ai répondu: « de la comédie » et j’ai resserré la voilure, mais c’est contre-nature pour moi.

N’est-ce pas trop le grand écart avec « Camping » et « Jet set », qui ont connu un énorme succès ?

Les gens qui me connaissent, comme Mathilde Seigner, savent que j’ai un registre plus large. D’ailleurs, les films que je regarde ne sont pas forcément des comédies. J’adorais « L’armée des ombres », « Le père tranquille », « La traversée de Paris », « Le train », « Lacombe Lucien »…, des films qui m’ont nourri et ressortent aujourd’hui de cette manière .

Votre film « 100% bio » a cartonné l’année dernière sur France 3, vous ouvrant les portes de la télé…

Oui, c’est vrai que ça a donné des idées aux chaînes. Et puis, pendant le confinement, je me suis dit que je devais faire des films qui se rapprochent de moi. Le producteur Mediawan et France Télévisions m’ont fait confiance. Mathilde Seigner, que je considère comme une sœur et qui me pousse beaucoup, m’a dit : « Minou, ce film est très bien, on ne dirait pas un film de toi » (Rires). Moi je l’appelle Minette. On a une tendresse, une bienveillance, l’un pour l’autre, on est presque une famille. J’aime les gens de caractère, alors qu’on est entouré de beaucoup d’endives…

Le cinéma, ça vous est venu avec Audiard que vous avez rencontré quand vous étiez petit ?

C’est vrai, j’avais dix ans, j’habitais en banlieue parisienne, je traînais avec mon vélo dans les bidonvilles de Villiers-sur-Marne. Un jour, arrive des camions et je vois sortir Annie Girardot, Bertrand Blier, Jean Carmet… Tous les acteurs que j’admirais, pour le tournage de « Elle cause plus, elle flingue », de Michel Audiard. Il fallait tourner une scène, avec une chaussette, et Audiard m’a demandé de lui prêter la mienne qui était rouge. Ça n’a pas fait l’affaire, elle était trop petite, mais ma société de production s’appelle Chaussette rouge, à cause de ça ! Il m’a donné une pièce de cinq francs en argent, et le droit d’assister au tournage…

Vous êtes un fou de sport, de vélo, de football…

Oui, j’ai une chronique tous les vendredis sur Europe 1, avec Jacques Vendroux. Le sport, c’est plus qu’un plaisir, c’est une raison de vivre, j’adore en faire, j’adore le regarder. En ce moment, avec la guerre en Ukraine, ça me fait encore plus de bien de voir du sport. D’ailleurs, je vous donne un scoop, avec Olivier Delbosc, le producteur d’« Illusions perdues », on va faire la suite de « 3 Zéros » (l’un des films du réalisateur, NDLR) qui va s’appeler » 4 Zéros » avec les vedettes du Paris-Saint-Germain…

Vous vivez la moitié du temps dans le Pays basque, vous êtes un homme de terroir ?

Oui, il faut passer le périph’un peu. La province ne pense pas comme Paris, ce ne sont pas les mimes préoccupations. Elle ne connaît pas certains acteurs qui font le buzz dans un microcosme. Moi, j’adore la France, j’aime faire le tour de France. Quand j’ai tourné « Les enfants des justes » en Dordogne, je connaissais la région. J’y allais gamin, j’y ai vécu mes premières émotions préadolescentes, je connais le blues de mi-vacances, quand ça va être la rentrée. J’ai essayé de remettre cette ambiance dans “Camping”, et avec Franck Dubosc, on s’est retrouvé sur ce terrain-là. D’ailleurs, dans ce film, j’ai essay de mettre un parfum de vacances aussi pour ces enfants juifs…

Qu’est-ce que c’est qu’être « Juste » aujourd’hui ?

Je voulais montrer des gens ordinaires qui ont fait des choses extraordinaires. En Dordogne, beaucoup de gendarmes, de postiers, des personnes ordinaires ont aidé sans se poser la question, sans se demander s’ils se mettaient en danger, si c’était bien ou mal. J’ai voulu les mettre à l’honneur. Ce qui se passe en Ukraine aujourd’hui m’y fait penser : j’ai entendu des gens dans le Berry et ailleurs, prêts à héberger des réfugiés, à leur donner un toit, à manger. Au-delà des choses qui clivent, les gens sont capables de très belles choses, de gestes formidables. Le film fait écho à l’actualité, c’est fou. Et cette journaliste russe qui risque 15 ans de prison pour avoir protesté contre la guerre me bouleverse.

* « Les Enfants des Justes » mercredi 23 mars, à 21 h 10, sur France 2.

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