Covid-19 : pourquoi l'épidémie rebondit encore

Covid-19 : pourquoi l’épidémie rebondit encore

23h15 , le 19 mars 2022 , modifié à 23h36 , le 19 mars 2022

Le Covid-19 est revenu avec le printemps. Ou plutôt, on réalise qu’il rôdait, invisible et dangereux pour les plus fragiles. Deux ans après le début de la pandémie, nous avions voulu croire que la menace pouvait disparaître comme par magie, parce qu’on n’en pouvait plus, et que le calvaire des Ukrainiens nous enseignait”. Les éternels signes avant-coureurs d’un rebond sont pourtant là : des proches affrontent la fièvre au fond de leurs lits ; le nombre quotidien de nouveaux cas positifs bondit (82 356 en moyenne sur sept jours avant-hier), certaines Régions connaissant une forte hausse de l’incidence (+ 40% dans les Hauts-de-France, + 34% en Bretagne) ; et, même si la pression hospitalière continue de reculer légèrement, le nombre de nouvelles entrées dans les services de soins conventionnels augmente dans le nord du pays.

Un virus « en voie de domestication »

L’exemple du Royaume-Uni, où la “résurgence” de l’épidémie – en avance de phase sur la France – se nourrit de la propagation du sous-variant d’Omicron BA.2, incite à la prudence. Là-bas, l’inquiétude monte, notamment pour les personnes les plus âgées, désormais elles aussi infectées. L’Écosse, région dans laquelle toutes les restrictions n’ont pas été levées comme en Angleterre, enregistre, elle, un niveau d’incidence record.

Omicron engendre depuis début janvier une vague monstrueuse dont on ignore la taille réelle

Notre étonnement face à la reprise de l’épidémie a le don de faire sourire les experts. « Le virus est en voie de domestication mais ça ne peut être que graduel, philosophe l’infectiologue et épidémiologiste suisse Didier Pittet. Et, comme les quatre autres familles de coronavirus du passé, responsables de rhumes hivernaux, qui nous avaient hélas peu intéressés jusqu’à l’apparition du Sars-CoV-2, il est avec nous pour toujours. »

Aux yeux des spécialistes, il existe trois causes principales de cette cinquième vague qui n’en finit pas. Premièrement, le remplacement du sous-variant d’Omicron BA.1 par BA.2, autre rejeton assez semblable mais environ 30 % plus transmissible. « Omicron, un virus terriblement contagieux qui cause en général peu de symptômes, engendre depuis début janvier une vague monstrueuse dont on ignore la taille réelle, analyse le professeur Pittet. Même en France où l’on teste encore beaucoup, il ya probablement cinq à dix fois plus de personnes contaminées que dépistées. »

Un déclin de la protection aussi contre les forms sévères

Deuxième raison de ce rebond : la multiplication des contacts sociaux, de bises matinales en dîners entre amis. Le phénomène ayant démarré bien avant la levée de l’obligation du port du masque dans les lieux clos et du passe vaccinal le 14 mars. « Le facteur humain a une grande influence sur le niveau de circulation du virus, nous avons repris une vie normale et nous sommes très peu nombreux à garder le masque dans les lieux clos », observe Anne-Claude Crémieux, professeure d’infectiologie et membre de l’Académie de médecine.

Troisièmement, la baisse, au fil du temps, de la protection immunitaire conférée par la vaccination. « La mauvaise nouvelle de l’année 2021 a été la décroissance rapide de l’efficacité des vaccins pour prévenir les infections, décode la professeure Crémieux. Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est le déclin de la protection contre les forms sévères, à partir de quatre mois après le rappel. » C’est pour cette raison que l’exécutif propose une quatrième dose aux plus de 80 ans et que les vigies de l’épidémie conseillent aux plus de 60 ans et aux personnes fragiles de garder le masque à l’interieur et d’éviter les situations a risk.

Le facteur humain a une grande influence sur le niveau de circulation du virus

En revanche, aucun expert ne sait dire à quoi ressembleront les prochaines semaines. Va-t-on faire face à une vague modérée or à une vaguelette? Comme le conseil scientifique auquel il appartient, le virologue Bruno Lina estime, sur la foi des modélisations les plus récentes de l’équipe de l’Institut Pasteur, que le pic pourrait dépasser 100 000 000 000 contaminations. Mais prudence, nous entrons en zone grise. « On a du mal à anticiper l’évolution de chacun de ces trois facteurs, dit Anne-Claude Crémieux. L’important, c’est de rester très réactifs. »

L’avantage d’un « rappel naturel »

Tout en ayant conscience des limits des modélisations car elles ne prennent pas en compte le climat, un quatrième facteur déterminant mais impossible à mettre en équation. « On ne peut pas dire si les beaux jours vont décapiter Omicron ou pas », ajoute Didier Pittet, qui souligne que ce variant très contagieux responsable d’infections passant souvent inaperçues complique le travail des modélisateurs.

L’épidémiologiste suisse nous livre néanmoins une raison d’espérer : « Il faut imaginer l’immunité comme des couches de peinture successives. Grâce aux doses régulières de vaccin, la majorité d’entre nous sommes désormais protégés contre les infections sévères, voire la mort. La bonne nouvelle avec Omicron, c’est qu’une infection banale par ce variant moins agressif génère un autre type d’immunité que l’immunité vaccinale. Cette form d’immunité pourrait nous protéger contre de futures infections, à la manière du vaccin nasal qu’on espère tous. » Même si l’hypothèse d’un tel « rappel naturel » n’est pas encore certaine, on se prend à rêver qu’Omicron le-pas-si-méchant reste longtemps parmi nous. Car seule l’arrivée d’un variant plus dangereux pourrait vraiment gâcher le printemps.

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