« Je me sens toujours la maman de tout le monde »

« Je me sens toujours la maman de tout le monde »

Lisa Azuelos au Fumoir, à Paris, le 8 mars 2022.

On avait fantasmé sa rencontre comme une scène de son nouveau film. Du moins, pour ce qui est du choix des boissons. Dans I Love Americacomédie sentimentale queer et disco disponible sur Prime Video, Lisa (Sophie Marceau), une réalisatrice française exilée à Los Angeles, est subjuguée par un beau trentenaire américain avec qui elle partage des white russians, ce vo cocktail à popular baseis de paris The Big Lebowski des freres Coen. Mais en ce mardi 8 mars, au Fumoir à Paris, les palmiers de Malibu sont loin. Et la guerre en Ukraine toute proche. « En ce moment, on ne va peut-être pas prendre ça », hésite Lisa Azuelos avant d’opter pour un aimable jus de carotte.

La realisatrice de LOL et de Mon bebe connaît bien ce bar-restaurant situé à deux pas du Louvre, dont elle goûte la beauté intemporelle. Vingt-trois ans qu’elle habite le quartier. « Je déteste déménager. » Comme si, après une enfance ballottée entre pensionnats où personne ne vous lit une histoire le soir et familles d’accueil, avant d’être recueillie par son père, Lisa Azuelos avait eu besoin de fabriquer trois un ni d’ « Je me sens toujours la maman de tout le monde, reconnaît-elle. Probablement parce que j’en ai eu une qui n’était pas très maternelle. »

« Ma charte intérieure, c’est pas de violence, pas de fusils, pas de sang »

Dans I Love America, les errements de ces premières années viennent se greffer à la comédie romantique. Jusque-là très pudique sur sa relation avec sa mère, la chanteuse et actrice Marie Laforêt, la réalisatrice de 56 ans met en scène, sous form de flash-back, le manque d’affection dont elle a souffert, enfant, de la part de celle qui a privilégié sa liberté, sa carrière, ses amours, puis leur réconciliation une fois adulte. Son « pardon »enfin, accordé après le décès de celle-ci en 2019. « Je pense que le film est fidèle à ce que j’ai traversé et à la beauté de cette relation, parce qu’on a vécu malgré tout de grands moments de sincérité. » Lisa Azuelos ajoute qu’elle a compris à la mort de sa mère « à quel point son amour avait été emprisonné dans un corps qui avait eu tellement peur que ça ne pouvait pas s’exprimer ». En 1998, Marie Laforêt confiait avoir été violée par un voisin à l’âge de 3 ans. I Love Americaqui lui est dédié, se clot sur une archive o la chanteuse reprend La Tendresse de Bourvil.

Déculpabiliser les autres

La chanson a presque valeur de manifeste. A l’écrit comme à l’écran, Lisa Azuelos refuses d’ajouter sa pierre à la brutalité du monde. « Ma charte intérieure, c’est pas de violence, pas de fusils, pas de sang ou alors le sang des règles. Donc forcément, je suis tout de suite vers la famille, l’amour, la comédie. » D’ailleurs, un regard dooulureux se lit sur le visage de la cinéaste quand, dans l’arrière-sale du restaurant, une femme se met à crier au téléphone. Rattrapée par la compassion, elle confesse avoir eu de mêmes emportements par le passé.

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