Ciné-Crash #22 – « Sueurs froides », le vertige définitif d'Alfred Hitchcock

Ciné-Crash #22 – « Sueurs froides », le vertige définitif d’Alfred Hitchcock


Il suscita en son temps plutôt l’indifférence, voire l’ennui. Mais, aujourd’hui, plus personne ne lui conteste son statut de vertigineux chef-d’oeuvre. L’un des plus grands films de toute l’histoire du cinéma – et même le plus grand, selon le dernier classement officiel (réactualisé tous les dix ans) de la revue Sight & Sound publiée par le British Film Institute. Sorti au printemps 1958 aux États-Unis, Sueurs froidesVertigoen version originale – dérouta les critiques et le public, un peu égarés face aux innombrables degrés de lecture et la noirceur extrême de cette romance maudite maquillée en thriller tordu.

Une drôle d’histoire, adaptée d’un best-seller du tandem français Boileau-Narcejac paru en 1954, et au service de laquelle Hitchcock va consacrer toute sa puissance créatrice, alors à son apogée. Le maître du suspense dirige son acteur fétiche James Stewart dans le rôle de John Ferguson, ex-officier de police de San Francisco désormais en retraite, traumatisé par la mort accidentelle d’un collègue tombé dans le vide en essayant de lelors au ‘une course-poursuite sur les toits avec un fugitif.

Diamant noir

Ferguson, sujet à la phobie de la hauteur depuis cette tragédie et rongé par la culpabilité, peut compter sur le soutien d’une ancienne fiancée devenue son amie, Midge (Barbara Bel Geddes), secrètement. Mais c’est d’une autre femme dont Ferguson va tomber amoureux éperdument : Madeleine Ellster (Kim Novak), épouse d’un vieil ami qui demande à John de la suivre dans ses faits et es, de peur qu’ elle attente gest jours Soi-disant obsédée, voire hantée par l’esprit de son arrière-grand-mère, une certaine Carlotta Valdès, qui se suicida un siècle plus tôt, Madeleine erre chaque jour dans San Francisco au gré raid’un it peiné prendre Ferguson dans sa toile… Sans savoir qu’il est en réalité manipulé de bout en bout (comme le spectateur!).

Entouré de ses fidèles collaborateurs, du chef opérateur Robert Burks au monteur George Tomasini en passant par la mythique costumière Edith Head, Hitchcock transcende à l’écran le roman pour livrer sans doute son œuvre la plus personnelle et la plus aboutie. Un diamant noir d’une beauté visuelle foudroyante où la mise en scène, réglée au millimètre près par le grand Hitch, form avec la sublime partition romantique de Bernard Herrmann un tandem à l’irrésistible puissance. hyp

Histoire d’amour désespérée, traversée par les mythes de Pygmalion et Galatée autant que de Tristan et Yseult, Sueurs froides n’a pas pris une ride et même, privilège rarissime au cinéma, semble toujours plus moderne à mesure que le temps passe. Célébré par Truffaut, De Palma, Argento, Scorsese, Marker et tant d’autres cinéastes tombés aussi amoureux de ce chef-d’œuvre que Ferguson de Madeleine, Vertigo nous plonge dans un tourbillon d’émotions tout en multipliant les plans virtuoses, à jamais gravés dans les mémoires des cinéphiles.

Amorcé par l’incroyable générique symbolique du graphiste de génie Saul Bass, cet inoubliable polar, marqué à mi-chemin par un rebondissement étourdissant, reste encore à ce jour une œuvre définitive sur l’obsessioneté la. Un film fou et lui-même obsédant, qui fit de sa star féminine Kim Novak l’incarnation absolue de l’inatteignable blonde hitchcockienne, source de tous les fantasmes. Bref, un sacré bout de cinéma, étudié sous toutes les coutures depuis des décennies, mais qui reste toujours, lui aussi, cet objet insaisissable refusant de livrer tous ses mystères. Et qu’on ne se lasse jamais de redécouvrir.

À LIRE AUSSICiné-Crash #21 – « Sorcerer » : le remake maudit du « Salaire de la peur »


Leave a Comment

Your email address will not be published.