vrai film culte ou belle arnaque à la JJ Abrams ?

vrai film culte ou belle arnaque à la JJ Abrams ?

Avant The BatmanMatt Reeves a commis un petit braquage au box-office avec Cloverfield. Mais que peut-on retenir de ce phénomène du found-footage ?

Comme nous l’avons expliqué dans un dossier dédié à Matt Reeves, le realisateur de The Batman est devenu ami avec JJ Abrams dès l’adolescence, lorsque les deux jeunes se rencontrent à un festival de films amateurs en 8mm. À la fin des années 90, le cinéaste accepte de plancher avec Abrams sur sa série Felicitydont il realise entre autres le pilote.

Des années plus tard, alors qu’Abrams s’est imposé comme une star grâce aux succès d’Alias et Lost, sa spécialisation dans les high concepts malins l’amène à démarrer la production d’un projet tenu secret. Sympa, le bonhomme propose to Matt Reeves de prendre les rênes de la mise en scène, sans forcément se douter que la carrière de son comparse dans le blockbuster démarrerait grâce à lui. Ce film, c’est bien évidemment Cloverfield. Mais derrière le phénomène qui a donné lieu à une franchise unique en son genre, que peut-on retenir de cette expérimentation en found-footage ?

Cloverfield: photoL’une des meilleures affiches des années 2000 ?

Lovecraft X Godzilla ?

S’il ya bien chose une que les bonus très contrôlés de Cloverfield mettent en avant sur le DVD, c’est l’origin du concept. Lors d’un voyage au Japon avec son fils, JJ Abrams est ahuri par l’impact de Godzilla dans les rayons des magasins de jouets, et ce malgré la longévité de la création d’Ishiro Honda. Pourtant, mis à part King Kong, les États-Unis ne sont jamais parvenus à créer un monstre de cinéma aussi ancré dans l’inconscient collectif. Pas bête, Abrams décide de se risquer à l’exercice.

Cela étant dit, il conviendrait de considérer Cloverfield comme un petit échec si l’on se contente de cette seule note d’intention. Malgré le respect évident pour le genre du kaiju eiga (le film de monstres géants japonais), ce n’est pas pour cette dimension qu’on retient le film. L’immense travail sur le design de son monstre géant a beau être passionnant (on y perçoit des inspirations lovecraftiennes et aquatiques assez originales pour l’époque), il ne fait qu’accentuer la bicéphalité du projet.

Cloverfield: photoOn avait dit couvre-feu à 18h !

Le designer de la créature, Neville Page, a notamment insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un bébéce qui non seulement inquiète quant à la dimension supposée d’un adulte, mais aussi parce que la destruction qu’il cause est due à sa panique, et ses cris sont ceux d’un enfant en quête de sa mère.

En bref, Cloverfield essaie de façonner une form d’empathie envers son monstre, mais cette donnée est parasitée par le dispositif du film en found-footage. Le filmage guérilla du long-métrage réussit brillamment à mettre en valeur la petitesse de ses personnages au milieu du chaos, mais en contrepartie, cette focalisation du point de vue rend impossible l’approfondissement de son world-building.

Cloverfield: photoPetit Ancien

La vision de la créature est toujours segmentée, telle une métony permanente d’une peur que Matt Reeves ancre explicitement dans le spectre du 11 septembre 2001. D’une phrase anodine (“est-ce encore un attentat?”) à la désacralisation d’un symbole de New York (la décapitation de la statue de la Liberté), Cloverfield réinvestit le kaiju eiga pour transposer sa métaphore centrale (le traumatisme d’Hiroshima et Nagasaki) dans un contexte qui lui est propre.

C’est à la fois pour cette raison que le développement d’univers cher à Abrams trouve ses limits, mais que l’ensemble se distingue par son procédé, comme l’explique Stéphane Bex dans son livre Terreur du voir, l’expérience found-footage : “Lorsque Hud, le cameraman, tente de filmer le chaos qui s’est emparé des rues après la première attaque du monstre, les panoramiques à 360 degrés ne permettent d’entrevoir qu’uneble partie du monstre effacé l’immerure effacé ‘événement, l’image ne capture qu’une trace sur le point de disparaître, le sillage d’un présent qu’il faut revoir en rembobinant pour tenter d’en préciser la nature’.

Cloverfield: photo23-19! On a un 23-19 !

Mystère et boule de kaiju

Cette analyse de Bex ne serait-elle pas la clé pour comprendre le succès de Cloverfield ? Si le found-footage provoque un jeu constant avec le hors-champ, les bribes d’images poussent à la recomposition permanente de la vision et au décryptage.

D’une part, une telle approche est une aide fondamentale pour l’économie du projet. Reeves et Abrams sont les premiers à expliquer que Paramount a validé la production de Cloverfield sur le simple principe de pouvoir faire un film catastrophe (genre souvent coûteux) pour un budget assuré à moins de 25 millions de dollars. Bien que travaillés et bourrés d’effets visuels, les plans du film se veulent elliptiques, et leurs mouvements brusques permettent régulièrement de cacher la menace, à l’instar des parasites aliens dans la usemé scère.

Cloverfield: photoOh non, pas la ligne 13 !

D’autre part, le vrai concept de Cloverfield n’est pas à chercher dans sa nature de film de monstres, mais bien dans son enrobage, ce qu’on pourrait appeler son paratexte. Des le départ, Abrams souhaite contrer la mode de la promotion intensive popularisée par Internet, et créer un long-métrage totalement mystérieux pour son public.

Résultat, le bouche-à-oreille ne s’est pas façonné à la sortie du film, mais avant. Au cœur de ses trente-quatre jours de tournage, Cloverfield se transforme en véritable expérimentation marketing. De faux titres, dont l’improbable “Cheese”, sont lâchés sur Internet pour créer de fausses pistes, tandis que les rumeurs pleuvent sur les forums.

Cloverfield : photo, Michael Stahl-David, Jessica Lucas, Lizzy CaplanRegard concerné vers fond vert

Alors que la première campagne d’affichage ne donne aucun titre, la seule date du 18/01/08 reconduit les plus curieux à un site officiel, où le principe est justement de combiner des séries de photographies, dans le butenti de concevoir de pot scénarios du film.

Cette démarche permet à la campagne promotionnelle du long-métrage de devenir un ARG (Alternate Reality Game, ou jeu en réalité alternée), sorte de jeu de piste géant particulièrement utilisé par le cinéma dans les années 2000. Il faut même dire que Cloverfield en est sans doute l’un des cas les plus concluants, puisque les fans ont joué aux détectives jusqu’à l’extrême, allant jusqu’à trifouiller des sites liés à l’auteur HP Lovecraft lorsqu’ils ont apprams a J acheté les droits de L’Appel de Cthulhu.

Cloverfield: photoDu coup, c’est un gros plan ou un plan large ?

Untitled

Mais le coup de massue est vraiment donné durant l’été de 2007. Alors que Paramount attend beaucoup du premier Transformers de Michael Bay, la major choisit de profiter de la sortie du film pour y accoler la première bande-annonce de Cloverfield. Là encore, mis à part un rapide carton pour mettre en avant son producteur-star, la fête inaugurale, puis les quelques plans de panique dans les rues ne sont pas suivis d’un titre.

Au final, tout cet effet de surprise joue clairement en la faveur du film et de son carton au box-office (170,6 millions de dollars de recettes à travers le monde). À force de donner la sensation permanente d’un manque d’informations, voire d’un manque dans les images, le film incite ses spectateurs les plus avertis à un désossage en règle.

Dès sa disponibilité en vidéo, de nombreuses théories émergent, notamment au travers du dernier plan du long-métrage. On y voit les deux protagonistes principaux, Rob et Beth, durant leur séjour à Coney Island qui s’est déroulé avant les événements du film. Alors que la caméra filme temporairement l’océan, on peut apercevoir (en zoomant sur l’image) une form tomber du ciel et s’écraser dans l’eau.

Le monstre serait-il venu de l’espace ? S’agit-il d’un satellite dont le crash aurait réveillé la créature terrée dans les fonds marins ? Si les événements de The Cloverfield Paradox dévaluent désormais ces suppositions, elles ont longtemps fasciné les spectateurs de Cloverfield depuis sa sortie en 2008.

Cloverfield: photoIt’s not just a call, it’s a warning !

Le Masque de la mort rouge

Dès lors, ne conviendrait-il pas de voir dans Cloverfield moins le nouveau référent du film de monstres géants (Pacific Rim est en plus passé par là) que le terreau habile d’une saga reposant sur son rapport direct au spectateur ? Sa base de science-fiction fourre-tout, s’inspirant clairement de La Quatrième Dimensionlui est en tout cas bien utile pour ses deux suites, 10 Cloverfield Lane et The Cloverfield Paradoxoù Abrams réitère le mystère d’une promotion trompeuse, entre titres temporaires et bandes-annonces surprises sorties très peu de temps avant la distribution des films.

Pour autant, il serait malhonnête de ne pas voir dans cette proposition les qualités intrinsèques à ses réflexions de mise en scène, qui définissent encore aujourd’hui le travail de Matt Reeves. Si The Batman est une œuvre construite autour du regard de ses personnages (de ses plans convoquant Conversation secrete à cette séquence ou Batman s’accapare littéralement les yeux de Selina Kyle), le réalisateur a toujours positionné sa caméra de sorte à épouser des points de vue forts.

Cloverfield : photo, Michael Stahl-David, Odette AnnableMarche funèbre

Avec Cloverfieldle cinéaste emploie le found-footage dans un héritage pertinent du Projet Blair Witch : l’objectif devient l’œil ultime, à vrai dire le seul capable de résister à la mort et à l’oubli. Au fil du récit, centré sur le sauvetage désespéré de Beth dans son appartement, Matt Reeves déploie une douce ironie dramatique. Nous savons que nous regardons des images post-mortem, retrouvées après la disparition de ses filmeurs, y compris lorsque la caméra se retrouve mâchée dans la gueule du monstre en même temps que son porteur. La tentative de survie des héros est vaine. Ils sont condamnés par la propre mise en scène de leur mort.

La dernière séquence, où Rob et Beth rappellent leur identité à la caméra, ne nous apprend pas grand-chose, mais Reeves y tisse un besoin maladif de s’inscrire dans le monde avant de le quitter forger un souvenir de soi par le pouvoir de l’image. C’est d’autant plus beau que le caméscope à cassette de la narration est utilisé sans précaution par Hud, qui enregistre par-dessus le petit film tourné par Rob durant ses vacances avec sa bien-aimée.

Les bugs ou arrêts de la caméra ramènent donc quelques sursauts de ces images effacées, flashbacks touchants et doux-amers qui symbolisent la part éphémère de vies qui ont absolument cherché à l’immortaliser. Si Cloverfield arrache à la statue de la Liberté son cher visage, il prend pourtant la forme d’un masque mortuaire tragique pour ses personnages principaux.

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