Elden Ring : Comment son créateur est passé de comptable à développeur de jeux mythiques ?

Elden Ring : Comment son créateur est passé de comptable à développeur de jeux mythiques ?

News jeu Elden Ring : Comment son créateur est passé de comptable à développeur de jeux mythiques ?

Avant Elden Ring, avant Dark Souls et Demon’s Souls, Hidetaka Miyazaki était comptable. Retour sur un parcours hors du commun.

Il est l’homme derrière Demon’s Souls, Bloodborne, Dark Souls, Elden Ring, des mastodontes de l’exigence et de l’art gothique. Avant d’hériter du titre de créateur de génie, Hidetaka Miyazaki entretenait un quotidien bien plus commun. Comment le comptable d’une société informatique est devenu l’une des personnalités les plus influentes de la sphère vidéoludique ?

D’Oracle à Icon

Né en 1974 d’une famille pauvre, le jeune Hidetaka Miyazaki passe son enfance dans les quartiers modestes de Shizuoka, à quelques centaines de kilomètres au sud de Tokyo, sur l’île de Honshū. Son temps libre, il le dépense à dévorer les romans anglophones de sa bibliothèque locale. Puisque la langue lui fait défaut, il se force à imaginer les pans d’histoire des ouvrages à partir de leurs illustrations (The Guardian, 2015). Inconsciemment, il cultive doucement sa fibre créative. La fantasy et la science-fiction sont ses genres de prédilection, qu’il ne peut goûter qu’à travers la lecture. Les jeux vidéo lui sont interdits par ses parents jusqu’à ce qu’il entre à la fac. Alors il savoure ses premières expériences interactives avec ces livres dont vous êtes le héros ainsi qu’une poignée de jeux de rôle sur papier tels que Donjons et Dragons. Et pendant qu’il s’abandonne à ses mondes imaginaires, parallèlement, c’est presque machinalement qu’il rejoint l’université de Keio pour entamer un cursus en sciences sociales. “Contrairement à la plupart des enfants au Japon, je n’avais pas de rêve. Je n’étais pas ambitieux“, raconte-t-il dans les colonnes de The Guardian. À cet instant, Miyazaki ne s’imagine pas artisan d’histoires et préfère intégrer plus tard les rangs d’Oracle Corporation, une société d’informatique américaine. Le poste de comptable qu’il y exécute lui permet de financer les études de sa sœur cadette.

Ico, 2002

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Et maintenant qu’il a son diplôme en poche, Miyazaki a pu expérimenter ses premiers jeux vidéo. En 2001, l’un d’entre eux s’avère être une véritable révélation. À la demande pressante d’anciens camarades de classe, il insère dans sa PlayStation 2 Ico. L’aventure est imaginée par Fumito Ueda, un autodidacte aidé par quelques artistes complètement extérieurs au monde vidéoludique. L’œuvre raconte les tribulations d’Ico, banni de sa tribu en raison des cornes qu’il porte sur son crâne. Le rejeton croise la route de Yorda, jeune prisonnière d’une cage suspendue. Et entre eux débute une amitié silencieuse qui se renforce au gré des défis à relever sous la menace d’ombres. Ueda initie dans ce jeu la formule de conception sous soustraction: à partir d’un concept, il imagine des mécaniques de gameplay, pour finir par le scénario. Le reste, trop superflu, est retiré. Miyazaki est envoûté. Ico lui sert véritablement de déclencheur. C’était peut-être l’histoire qu’il lui manquait pour enfin avoir un rêve. Et tandis qu’il effleure la trentaine, il quitte sans regrets son job de comptable pour un salaire bien plus bas chez FromSoftware.

C’était (Ico) une expérience, ainsi qu’une histoire magnifique et inédite que je n’aurais jamais imaginée, et j’en suis vraiment désolé pour mon ami, mais j’étais ému et sans voix. Et c’est à ce moment-là que j’ai quitté la société pour laquelle je travaillais à l’époque et que j’ai commencé à travailler pour FromSoftware — Hidetaka Miyazaki pour VGC.


Si mes idées échouaient, personne ne s’en soucierait

FromSoftware n’est encore qu’un obscur studio tokyoïte quand il embauche Hidetaka Miyazaki en tant que codeur. Avant de signer, il a essuyé une poignée de refus de la part d’autres entreprises. Ema Kodaka, qui s’occupe de l’édition de ses scénarios, raconte quelques années plus tard cette arrivée avec beaucoup d’estime: “Au Japon, même aujourd’hui, les gens entrent généralement dans une entreprise lorsqu’ils sont diplômés et y restent toute leur vie. (…) C’est une source d’inspiration(The Guardian). Après lui avoir assigné une palette de tâches sur la série Armored Core durant plusieurs années, on confie au débutant un projet en difficulté. Il est temps pour Miyazaki de vraiment faire ses preuves ; mais c’est un navire en plein naufrage qu’il a entre les mains. Le projet est baptisé Demon’s Souls. “Si mes idées échouaient, personne ne s’en soucierait. C’était déjà un échec‘, partage-t-il à un journaliste du New Yorker. A l’exception de ses monstres et de ses châteaux menaçants, le prototype manque d’arguments solides. Miyazaki se retrousse les manches, réécrit l’entièreté du jeu et en fonde le pilier fondamental : la mort. En cas de trépas, le joueur retourne au début du niveau, affaibli et sans ressources face à un monde toujours aussi hostile. risqué. Le titre sort en 2009 dans une certaine indifférence. On raconte que de nombreux curieux venus au Tokyo Game Show n’ont même pas eu le temps de dépasser l’écran de création de personnages lors d’une démo de dix minutes. Le président de Sony Entertainment passera à peine deux heures sur le jeu, sans parvenir à aller au-delà de l’introduction. “Ce jeu est incroyablement mauvais”, a t-il pesté. À peine 20 000 exemplaires sont vendus la semaine de lancement.

La précision et la lordeur des combats du jeu se prêtaient mal aux démonstrations ; Miyazaki se souvient que les joueurs haussaient les épaules et s’en allaient. La couverture montrait un chevalier arthurien affalé contre un mur – une image qui suggérait la lutte et la défaite, pas l’héroïsme – et la narration du jeu était construite à partir d’indices vagues’ objs’ descriptions, so ‘undices vagues’ objs’ descriptions ennemi mourant – New Yorker.

Pourtant l’architecture et le design du jeu éveillent un intérêt progressif dans les esprits. La technique n’est pas parfaite, mais les affrontements tendus émerveillent. Et puis, les joueurs ont la possibilité de graver des messages de soutien sur le sol à l’encontre de leurs camarades. On comprend doucement que Demon’s Souls est une épreuve de courage. “C’est bien connu, de la frustration naît le désir puis le plaisir”, écrivions-nous lors de la rédaction de notre test, un an après la sortie du jeu. Au fil des semaines, le titre trouve quelques centaines de milliers de preneurs. Et en 2011, Dark Souls, sorte de suite spirituelle, se vend à près de deux millions et demi d’exemplaires. Finalement, Miyazaki a frappé fort. Chez FromSoftware, le respect s’impose. Et trois ans plus tard, l’homme est nommé président de l’entreprise.

Maintenant que je suis président, dit-il, j’ai l’occasion de rencontrer beaucoup d’autres présidents d’entreprise. Ce sont des gens tellement bizarres. I’m fascinent. J’utilise certains d’entre eux comme personnages ennemis dans nos jeux.


L’identité FromSoftware

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Hidetaka Miyazaki remporte le Lifetime Achievement Award (Golden Joystick Awards 2018 via Gamesradar)

Les principes de Donjons et Dragons, la série littéraire Sorcellerie de Steve Jackson, Ico… chaque enseignement marquant de la vie de Hidetaka Miyazaki est aujourd’hui visible dans son art. S’il manquait d’ambition enfant, le créateur avait pourtant emmagasiné suffisamment d’histoires fabuleus depuis la bibliothèque de Shizuoka pour façonner ses univers médiévaux. Bloodborne, publié en 2015, sera témoin de son affection pour les mondes plus horrifiques. Le titre est aussi la preuve que l’homme n’a pas peur d’entamer de nouveaux projets. La plupart de ses créations sont égallement des célébrations à l’œuvre de Kentaro Miura et de son manga Berzerk. À la façon de Guts face aux God Hands, les héros FromSoftware bravent des dangers colossaux dans une imagerie similaire. Et si l’on pouvait enfin croire que les épreuves de vie de Miyazaki ont inspiré les chemins tumultueux de l’Entre-terre et de Lothric, l’intéressé refuse cette idée: “Je ne dirais pas que l’histoire de ma vie, pour le dire en termes grandioses, a affecté la façon dont je crée des jeux. Une façon plus précise de voir les choses est la résolution de problèmes. Nous sommes tous confrontés à des problèmes dans notre vie quotidienne. Trouver des réponses est toujours une chose satisfaisante. Mais dans la vie, vous savez, il n’y a pas grand-chose qui nous donne ces sentiments facilement(The New Yorker).

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Elden Ring : Comment son créateur est passé de comptable à développeur de jeux mythiques ?

Je m’excuse envers tous ceux qui pensent qu’il ya trop de choses à surmonter dans mes jeux. Je veux juste qu’il y ait autant de joueurs que possible qui soient capables de ressentir la joie qui vient du fait de surmonter les difficultés.(The New Yorker) 2021.

La difficult, “c’est notre identité”, dira Miyazaki. Quand le chapitre Dark Souls est clôturé en 2016, elle reste présente dans Sekiro, le FromSoftware à l’esthétique profondément japonaise. Et à l’exception d’un essai plus narratif sur PSVR baptisé Déraciné, elle est encore l’essence du studio. Mais hors de question de parler de norme. “Nous n’avons pas vraiment l’impression que nos jeux ont créé une norme. Je ne m’inquiète pas que d’autres fassent des jeux similaires, cela montre simplement que les joueurs voulaient des jeux comme celui-ci, qui sont difficile“. Depuis ses premiers pas dans l’industrie à son ascension au rang de président, Miyazaki n’a jamais arrêté d’être humble. Avant la publication de chacun de ses bijoux, il est anxieux. Durant les échanges publiques, il se montre pudique. Alex Donaldson, journaliste pour vg247, décrit un homme qui reçoit les compliments avec un sourire timide tout en enchaînant les remerciements. Trois jours avant la sortie d’Elden Ring, il confie dans les colonnes du Monde: “J’ai des doutes quand on attribue à mes créations une telle influence sur l’industrie”. Quelques semaines plus tard, 12 millions de joueurs ont désormais parcouru les dunes de l’Entre-terre. L’univers est en partie imaginé par George RR Martin, un auteur qu’il chérissait dans son enfance à la lecture du Trone de Ferdu Voyage de Haviland Tuf et de Fever Dream. Le jeune dévoreur de livres travaille aujourd’hui aux côtés de ses héros d’antan.

Source : New Yorker, The Guardian, VG 247Ducky (YouTube)

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