Les immunodéprimés vont-ils avoir davantage accès aux traitements ?

Les immunodéprimés vont-ils avoir davantage accès aux traitements ?

« Les personnes fragiles sont condamnées à s’autoconfiner », redoutait mardi Magali Leo, responsable du Pôle plaidoyer de Renaloo, association de patients atteints de maladie rénales. Depuis lundi, les masques sont tombés, les pass plus exigés au cinéma ou au restaurant… Une bonne nouvelle pour beaucoup de Français, mais une angoisse pour les personnes immunodéprimées. D’autant que les cas de Covid-19 remontent dans un contexte de levée des restrictions. « C’est une mesure excluante alors qu’on a les moyens de les protéger ! », s’émeut Magali Leo, qui a lancé dès lundi un appel à la solidarité pour continuer à porter le masque en intérieur.

En effet, les personnes immunodéprimées répondent peu ou mal à la vaccination and sont les premières à risquer de se retrouver en réanimation. Mais depuis décembre 2021, de nouveaux traitements efficaces contre le Covid-19, prescrits en « accès précoce » c’est-à-dire avant d’obtenir son autorisation de mise sur le marché, sont disponibles en France. Des traitements qui changent la vie de ces patients… Problème : l’accès à ces trois traitements reste très limité. Mais de nouvelles recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), publiée ce vendridi, pourraient améliorer les choses.

Trois traitements disponibles en France pour les immunodéprimés

« Aujourd’hui, on an un taux de mortalité entre 15 et 20% chez les immunodéprimés qui sont hospitalisés pour Covid-19 », insiste Magali Leo. Pourtant, trois traitements sont disponibles et efficaces en France contre le Covid-19 depuis quelques semaines. Deux traitements curatifs : Xeludy, un anticorps monoclonal avec une injection en interveineuse. Et le Paxlovid, un antiviral, en comprimé, donc plus simple d’utilisation. Mais avec une limite pour cette pilule : il existe des contre-indications pour les patients qui ont un traitement antirejet (donc des personnes greffées). « On va utiliser l’un ou l’autre », prévient Alban Dhanani, directeur adjoint des traitements Covid à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Et dans les deux cas il faut que le patient l’obtienne dans les cinq premiers jours après les symptômes ou le test positif.

Mais il ya un troisième traitement, sans doute encore plus important. Car c’est le seul aujourd’hui qui soit utilisé en amont, en prévention. En effet, Evusheld est un anticorps monoclonal qui nécessite une injection intramusculaire et protège contre les forms graves.

Mais une utilisation qui reste rare

« Il existe aujourd’hui une sous-utilisation de ces deux types de traitements, préventifs comme curatifs, s’inquiète Magali Leo. En particulier pour l’Evusheld, ce qui nous préoccupe beaucoup. On compte 100.000 personnes immunodéprimées qui rentrent dans l’indication et seulement 16.000 patients qui ont reçu Evusheld. Avec beaucoup d’inégalités. Il ya des régions, notamment les Hauts-de-France et la Bretagne, où l’Evusheld est très peu prescrit. »

Une proportion restreinte confirmée par les données de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé). Pour l’Evusheld, 16.291 demandses ont été acceptées depuis le début de l’accès précoce. Du 28 février au 6 mars 2022, 816 nouvelles demands ontété acceptées alors que du 14 au 20 février 2022, on atteignait 1.067. Le rythme faiblit donc. Du côté de l’AP-HP (39 hôpitaux et 10 millions de patients pris en charge par an), « les livraisons s’élèvent à plus de 3.150 flacons d’Evusheld depuis janvier 2022, environ 700 traitements by Xevudy et 240 traitementments pour le Paxlovid. »

Comment expliquer ce faible acces ?

Est-ce une question de stocks ? Pas selon nos interlocuteurs. Interrogé, le ministère de la Santé nous assure que « les autorités sanitaires sont engagées depuis le début de la crise pour permettre un accès rapide aux médicaments innovants pour les patients qui le nécessitent. A titre d’exemple, les patients français ont été les premiers au monde à bénéficier d’Evusheld. La France dispose de stock important de l’ensemble des traitements Covid aujourd’hui autorisés. » Sans préciser ces chiffres… « On n’est pas en manque, confirme l’ANSM. Sur le Paxlovid, si le nombre d’infection diminue, son utilization baisse, c’est logique. D’ailleurs, les chiffres pour ce traitement sont en train de remonter. »

Et sur l’Evusheld ? « Les patients sont mal informés, les soignants aussi et des médecins qui refusent de prescrire ce traitement préventif, souligne Magali Leo. S’appuyant sur des témoignages de patients qui se heurtent à des refus. « Pourtant, les pouvoirs publics ont mis en œuvre les canaux d’information sur ces traitements, reprend-elle. Mais on aurait aimé un message ferme du ministre en direction des médecins sur cette urgence à prescrire l’Evusheld. Il ya sans doute le fait que tous ces traitements sont en accès précoce, ils n’ont donc pas passé tous les stades de la vérification. Mais il ya aussi un enjeu organisationnel. Nous nous sommes battus pour que l’Evusheld ne soit pas injecté uniquement à l’hôpital. »

L’Evusheld accessible à domicile

En clair, et c’est une première, c’est toujours la pharmacie d’un hôpital qui délivre le produit, mais il peut être injecté à domicile par une infirmière libérale. Un énorme coup de pouce pour faciliter cet accès tout en soulageant l’hôpital. « Mais ça ne fonctionne pas, regrette Magali Leo. Il est quasiment systématiquement injecté dans des hôpitaux de jour. » Or, « la filière hospitalière ne peut pas absorber cette demande, reconnaît Alban Dhanani. Il faut des relais, les médecins de ville, les hôpitaux de proximité, les infirmières…. »

Et miser égallement sur l’hospitalisation à domicile (HAD). Ce que fait d’ailleurs l’AP-HP notamment : « une réflexion approfondie est menée avec l’Hospitalisation à Domicile (HAD) pour compléter l’offre proposée par l’Hôtel-Dieu, cette price en chargecas se fait au cas, notamment pour les patients qui ne peuvent se déplacer. »

Qu’est-ce qui change désormais ?

Mais les choses pourraient bouger sur cet accès compliqué à l’Evusheld. A condition que l’information arrives aux premiers intéressés, patients comme prescripteurs. En effet, un avis de la HAS, qui vient d’être publié, a élargi le nombre de bénéficiaires de ce traitement. Jusqu’ici, les dialysés, les personnes en chimiothérapie et les mineurs n’avaient pas accès à Evusheld. Désormais, tous les patients immunodéprimés de plus de 12 ans pourront en bénéficier. « On a reçu des données complémentaires qui nous montrent qu’il est possible d’administrer Evusheld aux enfants à partir de 12 ans et pesant plus de 40 kg, reprend l’expert de l’ANSM. Elles montrent qu’il n’y a pas d’impact négatif majeur s’ils reçoivent une dose adulte. »

Deux autres modifications, pas forcément connues, facilitent égallement cet acces. Au début, ce traitement préventif n’était pas prescrit aux personnes avec des risques cardiovasculaires. « Avec le recul qu’on an aujourd’hui, on an allégé cette recommandation. Par ailleurs, il fallait réaliser un test PCR 72h, il est désormais possible de le remplacer par un test antigénique. » Est-ce que cela suffira pour mettre à l’abri les milliers de personnes immunodéprimées ?

Leave a Comment

Your email address will not be published.