Romy Schneider dans une exposition impériale à la Cinémathèque

Romy Schneider dans une exposition impériale à la Cinémathèque

Pour les 40 ans de sa disparition le 29 mai 1982, la Cinémathèque française consacre une exposition à Romy Schneider jusqu’au 31 juillet. Enfant de la balle, l’actrice connut très tôt la gloire, d’abord en Sissi impératrice d’Autriche puis comme modèle de la femme moderne des années 70. Traquée par la presse mais discrète, son art était la une obsession obsession les réalisateurs avec lesquels elle voulait tourner : Visconti, Welles, Sautet… La femme et l’actrice fusionnent dans un geste d’amour, au cœur d’une magnifique exposition.

La première salle rapelle la lignée d’artistes dont Romy Schneider est issue, depuis son arrière-grand-père paternel au XIXe siècle. Photos de films, magazines évoquent la carrière de la mère de Romy au cinéma, Magda Schneider, qui suivra ensuite sa fille sur nombre de ses tournages.

A 16 ans, c’est la gloire. Elle interprète Sissi impératrice d’Autriche, dans Sissi (Ernst Marischka, 1955), premier film d’une série de trois qui connaissent une carrière foudroyante dans le monde.

Affiches, costumes, photos, extraits de films, évoquent ces films romantiques que la jeune actrice fuit rapidement en choisissant ses projets, tels que Jeunes Filles en uniforme (Geza von Radvanyi, 1958) où elle tombe amoureuse de sa professeure. Jusqu’à ce qu’elle imposes à Pierre Gaspard-Huit de sélectionner sur photo un jeune acteur inconnu pour son film Christine : Alain Delon. La rupture avec l’ingénue Sissi est consommée. Tous deux formeront un des couples les plus glamors du cinéma, à l’écran, comme à la ville.

L’Impératrice d’Autriche va pourtant la rattraper de façon inattendue. Luchino Visconti tourne Ludwig ou le Crépuscule des dieux et demande à l’actrice d’incarner le rôle de Sissi, dont était éperdument amoureux le roi de Bavière, joué par Helmut Berger. Elle accepte car le rôle est fidèle à la femme indépendante qu’était l’impératrice, présentée dans la célèbre série comme une princesse d’opérette. Dans la salle de l’exposition consacrée au film, une des toilettes magnifiques qu’elle porte dans le film.

Une des toilettes de Romy Schneider en Sissi impératrice d'Autriche dans "Ludwig ou le Crépuscule des dieux" de Luchino Visconti (1972).  (JACKY BORNET. FRANCEINFO)

Tournée vers l’international, la rupture de Romy Schneider avec sa patrie d’origine est mal acceptée en Autriche, dont elle était l’icône nationale. C’est cette indépendance qu’elle va cultiver, et notamment en France dont elle prendra la nationalité. Elle doit son premier film français à Alain Cavalier, Le Combat dans l’île (1962), ou elle fait face à Jean-Louis Trintignant. Deux ans après son arrivée à Paris, Romy joue en français, puis se doublera elle-même, en allemand, puis en anglais.

Son intuition d’actrice pousse Romy Schneider à tourner avec les plus grands, comme Orson Welles dans Le Proces (1962) d’après Kafka, avec Anthony Perkins et Jeanne Moreau. En 1964, quand elle se sépare d’Alain Delon, elle est appelée par Henri-Georges Clouzot pour L’Enfer, le film fou du réalisateur qui expérimente mille et une prises de vues entre cinétique et psychédélisme pour évoquer la jalousie de Serge Reggiani. C’est le tournage qui devient un enfer, l’œuvre ne sera jamais terminée. Un magnifique cabinet cinétique reconstituant la vision de Clouzot n’est pas la moindre curiosité de l’exposition.

Romy ne cesse de tourner, notamment à Hollywood avec Otto Preminger, Jack Lemon et Woody Allen. Puis Alain Delon l’impose dans La Piscine de Jacques Deray, film majeur de 1969. La salle dédiée au film est blanche et bleu azurée du sol au plafond. Le thriller sensuel de Deray est un tournant dans la carrière de l’actrice, par son succès et l’image féminine qu’elle imposes.

Un an après la sortie de La PiscineClaude Sautet sort le premier des cinq films qui vont jalonner sa collaboration avec Romy. Les Choses de la vie (1970) est sans doute le plus emblématique, pour elle comme pour le réalisateur. Max et les ferrailleurs, César et Rosalie, Mado et Une histoire simple se succèdent jusqu’en 1978. Des rôles qui imposeront cette femme autrichienne qui a conservé son accent germanique et qui devient pourtant l’incarnation de la femme française, moderne, indépendante, séduisante pour les hommes et en mes quient se femme Les pièces les plus touchantes de l’exposition sont sans doute les mémos et télégrammes qu’elle adressait à ses réalisateurs, précédés de “Mon Clo‘ pour Claude Sautet. Y transparaissent son amour du métier et son admiration pour le cinéaste. Des messages qu’elle signait du nom de son rôle, Hélène, Rosalie, Marie et les autres…

Son goût de la liberté l’attire vers des rôles et films atypiques, comme Le Trio infernal (1974) de Francis Girod, ou elle incarne une monstrueuse meurtrière au côté de son partenaire des Choses de la vie, Michel Piccoli. Elle retournera avec Girod dans La Banquière (1980) ou elle incarne une puissante et richissime lesbienne, sujet rare à l’époque.

Dans la continuité de son goût pour l’extrême, Romy Schneider trouve un de ses plus grands rôles dans L’Important, c’est d’aimer (1975) d’Andrzej Zulawski. Elle y joue une actrice à la dérive, obligée de tourner des pornos, au côté d’un Jacques Dutronc suicidaire et de Fabio Testi en photographe amoureux. A contre-emploi, la comédienne remporte son premier César de la meilleure actrice in 1976. Elle en décrochera un deuxième avec Clair de femme (1979) de Costa Gavras qui viendra présenter le film à la Cinémathèque samedi 14 mai.

Comme une prémonition, les derniers films de Romy valsent avec la mort, comme La Mort en direct (1980) de Bertrand Tavernier et Fantôme d’amour (1981) de Dino Risi. Sa brève apparition dans Garde à vue (Claude Miller, 1981) a pour point de départ le viol et le meurtre d’une jeune femme. son dernier film, La Passante du sans-soucis de Jacques Rouffio sort l’année de son décès. Elle y interprète la femme du meurtrier d’un ancien nazi, responsable de la mort de son père.

Romy Schneider nous a quittés à 43 ans dans des circonstances troubles, sur un film évoquant le passé culpabilisateur de l’Allemagne (elle était autrichienne). Suicide ? Surdose de barbituriques ? Guillaume Évin, journaliste, avancera qu'”elle ne s’est pas suicidée, mais est morte de ses excès”. Le magistrat Laurent Davenas avait préfère classer l’affaire sans autopsie, pour “ne pas casser le mythe”.

“Romy”
Exposition et retrospective Romy Schneider

Cinémathèque française
Jusqu’au 31 juillet 2022
51 rue de Bercy, 75012 Paris
Tél : 01 71 19 33 33

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