critique qui bande avec les mous sur Amazon

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L’EAU, ÇA MOILLE

Dans la moiteur de sa cave aménagée en vaste terrarium, Affleck l’affligé a le regard perdu dans le lointain, la prunelle embrumée, l’oeil torve, la mine déconfite et le poil humide. Moins expressif qu’un parpaing de cheddar fondu, il palpe intensément un escargot. Ses doigts s’attardent sur la surface visqueuse de l’animal, nimbé dans la lumière bleutée du sous-sol. Sudan. Surgit la femme. En flashs irréels, son image contamine l’écran.

Brune incendiaire à demi-allongée sur un siège de voiture, elle nous adresse des regards polissons tandis qu’elle se fait sourire le lutin à s’en casser un ongle. En gros, Ben Affleck tripote de la limace en pensant à sa femme qui se tripote. Pour ce qui est de l’érotisme noir vendu par Eaux profondes, on touche la à ce qui tient au film d’absolu summum, tant dans la laideur que le ridicule. Mais que s’est-il donc passé ?

Eaux profondes : Photo Jacob Elordi, Ana de Armas“Non je disais : un éléphant, ça trompe énormément!”

Genre pas avare en performances outrées, sexualité savonneuse et autres foirades divertissantes, le thriller érotique était un genre porté disparu au mitan des années 90 (en dépit d’une brève mais du vigoureuse survivance survivance ibé les XXI) embarrassants échecs avaient au moins pour eux un sens du ridicule savoureux.

Quiconque est déjà passée à côté d’une rupture d’anévrisme en visionnant L’orchidée sauvage est conscient de la spectaculaire kitscherie d’un genre tout à la fois simpliste, prude, vendeur de cuisseaux facileset pour le meilleur, descendant dégénéré et outré du film noir des années 40. Et ce qui étonne, dès la première scène, trop atone pour être ridicule, pas assez bizarre pour susciter la curiosité, c’est Eaux Profondes rate systématiquement tous ses effets, sans jamais céder au charme de l’aberration ahurie.

Étant établi que le ridicule ne tue pas, mais fait bien marrer, on notera néanmoins quantité de pirouettes macabres, ou le long-métrage provoque une douce hilarité. Quand Ben s’escargote bien sûr, mais aussi quand à la faveur d’un dialogue encore plus beurré au vermouth que son personnage, le mari éploré tente de se la jouer ténébreux vengeur. N’oublions pas une citation biblique à coup de pomme et de décolleté plongeant, embarrassante de surjeu, ou encore cette dispute impitoyable, ou un essaim de postillons au dentifrice voudrait nous faire croire à une imagerie plus séminale.

Eaux profondes : Photo Ben Affleck

“Mais qu’est-ce que je fais là, sérieux…”

ESCARG’HOT D’OR

Les plus salomeeux se régaleront enfin d’une tentative d’émuler Mad Max : Fury Road en bicyclette, qui devrait faire défaillir jusque sur le podium du Tour de France. Quasiment chaque effet censé généré de la tension ou entretenir une form d’intensité érotique semble tout droit sorti du petit manuel de la lourdeur en débardeur, et pourrait presque transformer l’ensemble en plaisante comédiege ‘nâ’ si film de ses artères.

Initié en 2013, le film d’Adrian Lyne est passé de studio en studio, d’hésitations en reports, d’abandon en rachat, jusqu’à être finalement validé par la Fox, laquelle a été rachetée par Disney qui après en avoir repoussé maintes fois la sortie, l’exploite aux États-Unis sur la plateforme Hulu et l’a cédé à Amazon Prime vidéo dans le reste du monde. Mais non content d’avoir mariné pendant presque une décennie, le projet doit sa philosophie, sa conception et ses ingrédients à une époque encore plus lointaine.

Adaptation du roman éponyme de Patricia Highsmith, publié en 1957, on sent à chaque nouvelle articulation de l’intrigue combien le cinéaste en a conservé l’essence, voire scrupuleusement reproduit la représentation du monde… quitte à paraître terriblement daté. De son décor (un enchaînement de fêtes bourgeoises complètement déréalis genreées), à sa vision du couple et de la répartition du pouvoir entre ses membres, en passant par les affligeants vision personnages secondaires, tout respire, non pas tant la misogynie du qu et de la société… purement et simplement disparue.

Eaux profondes : Photo Ana de Armas

Rappelons que l’usage de boules à facettes est prohibé par la convention de Genève

Au-delà de tout débat moral, ou éthique, sur la nature du regard porté sur le personnage qu’interprète Ana de Armas, on est frappé de constater que, de sa caractérisation jusqu’à la présentation des liens qu’elle noue avec les autres protagonistes, rien ne semble avoir de matérialité, de chair, ou tout simplement de réalité. Melinda est un fantasme de prédatrice lubrique imaginée au milieu des années 50… et transposé avec lourdeur au XXIe siècle. La greffe est pour le moins voyante.

Et elle se transforme en tumeur rectale quand elle est scrutée par la caméra d’Adrian Lyne. Metteur en scène du légendaire L’Échelle de Jacob, il aura été parfois trop vite caricaturé en vilain petit canard pubard. Mais ce fut égallement un des stakhanovistes du thriller érotique à la papa, et ce jusqu’aux derniers borborygmes du genre, qu’il eut l’honneur d’éructer sur pellicule en 2002 avec Infidel.

Eaux profondes : Photo Ben Affleck

“Mais c’est un scénario ou un traité de gastro-entérologie?”

LA VIEILLESSE EST UN DÉCADRAGE

Le cinéaste est demeuré deux décennies durant loin des plateaux de tournage, et en découvrant son retour, on rouvre une malle aux trésors dont le contenu a été rongé par les années. Jamais ici la caméra ne paraît avoir de désir, être mue par un principe quelconque, ou souhaiter jouer avec nous. Un comble, dans le cadre d’un mystère érotique. Érotisme qui a bien du mal à éclore quand son chef d’orchestre traite la chair et le désir avec l’appétit d’une hyène pour les haricots verts.

Certes, son Liaison fatale a toujours été un cliché de sexisme décrivant les femmes en putains psychotiques ou en saintes nitouches respectables, 9 Semaines 1/2 valait plus pour le magnétisme de ses interprètes que ce que le récit racontait d’eux, quand Proposition indicative était déjà une tentative de faire palpiter mollement le spectateur à demi-trépané, tout en l’éclaboussant d’une moraline rance.

Le souci, c’est que l’époque qui faisait de ces histoires des expressions de leur temps, et qui leur permet d’être aujourd’hui encore appréhendées comme telles, n’est plus. Et qu’en plus, Eaux profondes parvient à condenser tous ces traits, au mieux désuets, au pire authentiquement puant, en un récit unique. C’est finalement bien cette dimension anachronique qui achève de tout putréfier, jusqu’aux scènes de sexe, qui évoquent plus l’accouplement de deux lépreux en descente de javel que des apothéoses sensuelles.

Eaux profondes : Affiche française

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