Pourquoi il faut redécouvrir la trilogie « Infernal Affairs »

Pourquoi il faut redécouvrir la trilogie « Infernal Affairs »


Pour son distributeur, Manuel Chiche, patron de la société The Jokers, « c’est la trilogie majeure du cinéma de Hongkong ». Produits entre 2002 et 2003, les trois volets de la saga Infernal Affairs, tous réalisés par le tandem Andrew Lau-Alan Mak (et coécrits par celui-ci), ressortent en salle ce mercredi 16 mars aux bons soins des Jokers. Pourquoi vous conseiller ardemment de découvrir ces pépites, essentiellement connues des cinéphiles ? Parce qu’elles ont ni plus ni moins redéfini le polar asiatique en remplaçant les fusillades spectaculaires par un entrelacs passionnant de manipulations et de coups de théâtre. Le premier Infernal Affairsqui a tellement impressionné Martin Scorsese qu’il en tira un remake en 2006 – Les Infiltres, The Department en VO -, s’articule autour d’une idée aussi simple que brillante: un flic infiltré chez les truands et un truand infiltré chez les flics !

Nous sommes à Hongkong, ou la police et une triade se livrent une guerre sans merci. Pour étendre son empire, Sam (Eric Tsang), le parrain local, décide d’infiltrer un jeune truand, Lau (Andy Lau), au sein de la police, où il va gravir rapidement les échelons. Dans le même temps, le commissaire Wong (Anthony Wong) envoie sa meilleure recrue, Chan (Tony Leung), en planque au sein d’une triade. Le jour où police et mafia se rendent compte qu’une taupe est infiltrée dans chacun des camps, une course contre la mort s’engage. À coups de téléphone portable, les deux espions, qui ne supportent plus leur double identité, tentent par tous les moyens de se démasquer mutuellement…

Un premier opus entre John Woo et Michael Mann

Dès sa sortie à Hongkong, en december 2002, Infernal Affairs (titre à double sens qui évoque les enfers et les affaires internes, ou les Internal Affairs, la police des polices américaine) s’impose comme un bijou du thriller parano. Jadis bien portant, le polar était alors devenu un genre moribond à Hongkong, surtout depuis la rétrocession de cette dernière à la Chine en 1997. À l’aube des années 2000, John Woo est déjà de l’histoire anciennestrie et l’ ne produit plus que des comédies loufoques, telles celles de Stephen Chow. L’inspiration avouée d’Alan Mak pour Infernal Affairsc’est justement Volte/Face de John Woo, avec ses deux héros qui échangent leurs visits et leurs identités. Ancien acteur, Mak s’associe allors à Andrew Lau, ex-chef opérateur de City on Fire (classique absolu du genre, signé Ringo Lam en 1987) ou de plusieurs films de Wong Kar-wai, pour mettre en scène ce projet Infernal Affairs pas vraiment dans l’air du temps, mais qui va remettre une sacrée pièce dans la machine. Un polar qui délaisse les fusillades opératiques au milieu des colombes (et chères à John Woo) pour un duel à mort basé sur un double jeu constant, avec filatures, écoutes secrètes et conversations en morse. Et l’arme de destruction massive du film qui est dégainée à tout bout de champ est un… portable qui sert à tromper, traquer, démasquer, tandis qu’une simple sonnerie au mauvais moment peut se révéler fatale.

Très intelligemment, le scénario joue moins sur l’antagonisme des deux imposteurs que sur un conflit mental interne où la schizophrénie (qui suis-je vraiment ?) le dispute à la paranoïa (quand vais-je être décou). Le trouble et la confusion contaminent le scénario, les personnages… abasourdi. En plus d’une mise en scène virtuose qui rapelle Michael Mann, Infernal Affairs affiche un casting quatre étoiles qui va avaler une grosse partie du budget. Eric TsangDrunken Master) et le magnifique Anthony Wong (vu dans plus de 200 films, dont The Mission ou Vengeance avec Johnny Hallyday) incarnent respectivement le parrain de la mafia et le commissaire qui manipulent leur taupe. Figurent aussi au générique deux vedettes féminines de la canto-popSammi Cheng et Kelly Chen, mais les deux stars d’Infernal Affairs restent bien sûr Andy Lau et Tony Leung. Star de la pop et du cinéma, Lau, beau gosse vu dans Le Secret des poignards volants ou Les Seigneurs de la guerre, incarne avec classe et flegme un truand machiavélique dans la peau d’un flic d’élite. Quant à Tony Leung, vedette d’In the Mood for Love ou de The Grandmaster, il balade son spleen dans les bas-fonds et apporte avec ses yeux tristes un supplément d’âme à son personnage de flic violent perdu depuis son immersion dans la mafia. `

Un pari chez The Jokers : miser sur la curiosité des 25-30 ans

Énorme succès à Hongkong et classique instantané à l’international, Infernal Affairs va donc très vite susciter la convoitise de Martin Scorsese, qui en livre sa propre interprétation en 2006 avec Les Infiltres. Le scénario est adapté by William Monahan (Kingdom of Heaven, Mensonges d’État), qui garde les grandes lignes du film hongkongais en creusant un peu plus la psychologie des personnages principaux et en accordant une place prépondérante au parrain dément de la mafia bostonienne Frank Costello (Jack Nicholson, jubilatoire). Cette version hollywoodienne – qui est toujours source de vifs débats auprès des fans de l’originale – aligne une distribution éblouissante autour du gangster lubrique joué par Nicholson : Matt Damon et Leonardo DiCaprio dans des mais à rôles, Sherwin Mark Wahlberg, Vera Farmiga ou encore l’effrayant Ray Winston.

Avant meme le film de Scorsese, Infernal Affairs fut suivi de deux suites : Infernal Affairs II, qui sortit à Hongkong le 1er October 2003, talonné deux mois plus tard par le troisième volet. La France a pu découvrir le premier opus en septembre 2004 en salle, les deux autres sont toujours restés inédits. Infernal Affairs II et III ne sont en rien des tentatives d’exploitation commerciale d’un triomphe : on peut même considérer le deuxième segment – ​​qui se déroule avant le premier et qui explicite les différents antagonismes – comme supérieur, erit en à lérit… films sont inséparables. « Pour moi, c’est une trilogie équivalente à celle du Parrain », assure Manuel Chiche « Cela fonctionne comme un seul et unique film et, pour en comprendre la cohérence, il faut visionner les trois. Avec la sortie de cette trilogie, nous voulons faire découvrir aux jeunes de 25-30 ans un cinéma plus original que la moyenne, des films qu’ils n’ont jamais vus, en tout cas jamais sur grand écran, dans de magnifiques copies 4K . L’idée, c’est d’éveiller le regard vers des choses différentes, d’offrir une base cinéphile moderne, qui leur donnera peut-être envie de découvrir ce qui s’est passé avant. Comme les films de John Woo ou ceux de la compagnie Shaw Brothers. On ne commence pas par le cinéma muet, ce serait trop violent ! »

Mais, assurément pour le distributeur, qui a récemment ressorti In Mood for love et réédite égallement en salle, le 13 avril prochain, trois classiques du cinéma d’horreur asiatique (Audition, Ring et Dark Water), Infernal Affairs participe d’une volonté d’éducation artistique des jeunes générations. L’envie d’ouvrir leur horizon cinéphilique à d’autres continents que l’Amérique et d’autres époques que celle du règne des super-héros. Une expérience d’une autre culture à tenter en priorité dans une salle obscure, le meilleur écrin possible pour des copies restaurées de ces pépites exhumées by Manuel Chiche.


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