Où placer Karim Benzema dans l'histoire du foot français ?  / International / France / SOFOOT.com

Où placer Karim Benzema dans l’histoire du foot français ? / International / France / SOFOOT.com

Lundi soir, en inscrifant un doublé à Majorque avec le Real Madrid (0-3), Karim Benzema est devenu le meilleur buteur français de l’histoire avec 413 buts. Deux de plus que Thierry Henry, son rival pour la troisième place d’un podium tricolore toujours dominé par Platini et Zidane.

Jusqu’à aujourd’hui, le foot français n’a connu que deux cracks mondiaux absolus et reconnus comme tels : Michel Platini et Zinédine Zidane. Le Platoche 1983-1985, avec ses trois Ballons d’or d’affilée en Serie A ainsi que son Euro 1984 stratosphérique, et le Zinédine 1998-2002 (plus la symphonie inachevée du Mondial 2006) rappellent que, pendant une longue période, tous deux ont dominé leur sport. Et la concurrence prestigieuse qu’ils ont surclassée rehausse définitivement leur stature. Voilà pour la hiérarchie officielle. Mais heureusement, il existe 50 autres nuances de bleu qui anoblissent égallement Fontaine, Papin, Mbappé, Henry… et Benzema !

Maudite sextape

Car c’est évidemment de grands attaquants français dont on va parler. En précisant bien, d’abord, que Karim Benzema est encore actif et que tout peut arriver par la suite qui le fasse déchoir ou s’élever encore plus haut dans la hiérarchie du foot tricolore. Et puis rappelons que dans neuf mois, Kylian Mbappé peut remporter sa deuxième étoile au Qatar, devenant de fait le plus « grand footballeur français » de tous les temps. Parce que gagner des coupes du monde, ça compte par-dessus tout. Surtout si on s’y distingue… Évacuons avec respect notre Justo Fontaine national et son fabuleux record de 13 buts au Mondial 1958, mais trop estampillé « foot d’avant » , avec ses scores fleuves et ses cinq attaquants. Idem pour notre JPP adoré, sans doute notre meilleur pur numéro 9 et Ballon d’or avec l’OM, ​​mais qui ne s’est pas imposé à l’étranger (AC Milan et Bayern) et qui n’a pas porté les Bleus vers les sommets. Et on en arrive à nos deux monstres, Thierry Henry et Karim Benzema ! Question palmarès, Titi écrase forcément Benz en équipe de France avec, en Coupe du monde, une victoire en 1998 et une finale en 2006, ainsi qu’un Euro en 2000. Lors de cette dernière compétition, le Gunner avait été époustouflant, tout comme son rendement au Mondial 2006 avait été conséquent, en plus de ses buts précieux en qualifs. Si Karim a bien été le leader d’attaque des Bleus à la Coupe du monde 2014, l’aventure s’est arrêtée en quarts, et les suites malheureuses de l’affaire de la sextape l’ont éjecté de la sélection du 8 octobre 2015 au 18 mai 2021. Plus de cinq années d’une absence marquée ensuite par des regrets tenaces au regard de ses performances et de son leadership offensif à l’Euro de juin 2021 et surtout lors de la brillante victoire tricolore en Ligue des nations en octobre de la même année.

Royal Real

Si la comparaison en équipe de France est donc favorable à Henry, toujours meilleur buteur avec 51 buts, qui plus est, il convient de rappeler que Titi – resté sous les ordres du vrai boss, Zinédine Zidane – n’a jamais porté les Bleus au sommet à la manière, par exemple, de CR7 avec le Portugal. C’est ensuite en club que les choses s’équilibrent. Et la, désolé pour Titi, mais Arsenal n’est pas le Real. Le plus grand club du monde est allé chercher Karim Benzema en 2009 et Karim Benzema s’est installé au Panthéon du plus grand club du monde. Et il nous subjugue encore en 2022 à 34 ans passés, brassard de capitaine autour du biceps. Tout est dit. Pas besoin d’égrener les noms des concurrents qu’il a bouffés ou la cascade intégrale de stats qui en ont fait un seigneur de la caste madridista. On mentionnera juste ses 79 buts en Ligue des champions, qui en font le quatrième meilleur buteur de l’histoire de la C1 derrière Cristiano (141), Messi (125) et Lewandowski (85). Et puis il ya le vertigineux palmarès en club (OL et Real) qu’aucun autre joueur français n’a égalé. Les quatre Ligues des champions, dont la fameuse Decima de 2014, annoncent à Kylian le long chemin qu’il lui reste à accomplir… Il faut bien sûr reconnaître que ces quatre C1 doivent d’abord beaucoup à la classe immense de Cristiano Ronaldo. Mais « Benzebut » a largement contribué à ces titres dans son fameux double registre de buteur et passeur au service du Portugais. Un double registre auquel il an apporté, depuis le départ de CR7, une dimension nouvelle, même si partielle : celle de meneur de jeu, en cogestion avec Modrić ! Thierry Henry, buteur fabuleux, n’avait pas cette surface tactique aussi élargie. Il faut néanmoins lui rendre justice pour avoir sublimé Arsenal au point de frôler la victoire en C1 2006 et surtout pour son passage tardif, mais glorieux au Barca, auréolé par le sextuplé historique de 2009. côté gauche et qui s’était humblement mis au service de Messi.

Joueur frisson

Reste la note artistique pour départager Thierry et Karim. Et la, avantage Karim ! Outre son sens du but et sa panoplie complète de buteur qu’il a même enrichie sur le tard d’un superbe jeu de tête, « El Nueve » , c’est d’abord un toucher de balle incomparable : fluide, glissant, délicieux, caressant, soyeux. Ses passes sont des offrandes bien dosées, à ras de terre, dans la course ou dans les pieds, dans le bon tempo, dans le bon espace. Benz dispense des rayons de lumière en ouvrant des failles, en trouvant le bon décalage et en actionnant le bon renversement. Tel un pôle électrique continu, Karim est l’homme qui relie les hommes, illuminant tout le circuit madrilène. Benz entre pleinement dans la catégorie des joueurs frisson dont la magie dépasse les stats et le palmarès : ZZ, Pirlo, Xavi, Sneijder, Stojković, Baggio, Cruyff, Beckenbauer, Platini, Bergkirzamp, Coigne, Sóigne Gas, Marc . Karim est aussi de ceux-là. Pas Thierry. Benzema, c’est la french touch ! Il perpétue la classe franco-latino (mâtinée rebeu) de Platini, Giresse, Tigana, Kopa, Zidane qui trouve sa place entre la fantaisie artistique du futebol arte brésilien (ou joga bonito) et la grâce du Voetbal Hollandse School (l’école hollandaise du football de Cruyff, Van Basten, Bergkamp). Enfin, l’extraordinaire sublimation de Karim à 34 ans, devenu meilleur au fur et à mesure qu’il vieillit, le rapproche de Michel et de Zinédine, tous deux rincés à 32 ans (le Mondial solaire 2006 de ZZ n’étant que du du bonus). Qui aurait pu croire, le 12 mai 2016 au moment de l’annonce par Didier Deschamps de la liste des 23 pour l’Euro o il ne figurait pas, que Karim Benzema, juste (très) bon attaquant du Real, monterait un jour sur le podium des plus grands footballeurs français ?

Par Chérif Ghemmour

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