une ode aux souffrances du Congo, pays au conflit inextinguible

une ode aux souffrances du Congo, pays au conflit inextinguible

Pour son documentaire « L'Empire du silence », Thierry Michel a puisé dans les archives des images d'exodes et de déplacements de population au Congo.

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

A 69 ans, le réalisateur belge Thierry Michel a bâti, au sein de son œuvre, une sorte de cathédrale filmique consacrée à l’actuelle République démocratique du Congo, ex-Congo belge. Ses quelque treize films, réalisés entre 1992 et 2022, qui constituent une incomparable radiographie politique, sociale et anthropologique de ce pays, et des affres historiques qui l’ont tour à tour façonné et défiguré depuis la colonisation

Dernier opus en date, L’Empire du silence se présente comme la somme du travail mené par le réalisateur depuis trente ans, et sans doute aussi comme l’apothéose de la passion, de l’empathie et de la colère dont il procède. Vaste synthèse historique d’un pays en guerre depuis plus de deux décennies et qui n’aura cessé d’être saigné, au vu et au su du monde entier, ce film procède surtout d’une déted’ce une cing scandal tentative de vaincre la loi du silence. Il est à ce titre une claque, dont il est à craindre que l’effet – alors que tous les regards se tournent aujourd’hui vers le martyre de l’Ukraine – ne soit de nouveau tragiquement atténué.

Pourquoi ce pays grand comme l’Europe, aux ressources exceptionnelles, est-il l’un des plus pauvres du monde ?

Aussi bien, l’interrogation fondamentale inlassablement croisée dans l’œuvre africaine de Thierry Michel est ici saisie à bras-le-corps : pourquoi ce pays grand comme l’Europe, aux ressources exceptionnelles plus en minerais, des est-il l’un pauvres du monde ? Et pourquoi l’état de guerre avérée ou larvée qui y sévit depuis près de trente ans et qui a fait des millions de morts ne fait-il l’objet d’aucune sanction internationale? Il est à redouter que la réponse soit la plus cruelle que l’on puisse imaginer : parce que cela, directement ou indirectement, arrange tout le monde. Le pouvoir en place. Les Rebels. Les pays environnants. L’Occident. Tous les acteurs de ce conflit inextinguible, tels des charognards autour d’un animal blessé, n’ont de cese de profiter de ses ressources vitales.

Complexité des motivations

Ce film, dont le classicisme formel, la subjectivité discrète, l’humanisme blessé sont les meilleurs atouts, se déploie selon deux axes. D’une part une suite de tableaux expressionnistes des crimes, entraperçus grâce à une patiente collecte d’archives. D’autre part une reconstitution pas à pas, patiente et complex, de l’inextricable écheveau des causes et des responsabilités qui les expliquent. Sur le premier de ces points, c’est l’enfer et ses cohortes. Exodes et déplacements de population, massacres aveugles, charniers, enfants dévorés par les insectes, famine, maladie, enfants-soldats… Voici ce qu’en dit le journaliste Deogratia Namujimbo : « Les corbeaux avaient mangé tellement de cadavres qu’ils ne pouvaient plus voler. » Un mot qui fait image et se passe de plus longs commentaires.

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