« Je sais que le temps m'est compté »

« Je sais que le temps m’est compté »

Comment va le moral de l’entraîneur de la lanterne rouge de L1 ?

Je suis arrivé avec plein de fraîcheur et d’enthousiasme. J’ai envie de communiquer ça à mon staff, aux joueurs, à l’entourage du club. D’un point de vue mental, je suis tout neuf (sourire).

Dans ces moments-là, est-il compliqué de transmettre de la positivité à ses joueurs ?

Je fonctionne dans la transparence, je dis tout à mes joueurs. Hier (mardi) on a fait une séance vidéo très musclée où les joueurs ont pu se sentir perturbés. Je leur ai dit les choses comme je les vois et comme je les ressens. À mon sens, ça permet de progresser plus vite. En tout cas, c’est un levier. Dès le premier jour, j’ai voulu apporter mon exigence de travail, ma discipline pour que tout soit clair quand ils rentrent sur le terrain, à l’entraînement et dans notre fonctionnement. Ensuite, il ya tout le travail au quotidien : technique, tactique, la vidéo, les entretiens… Ce sont des micro-détails, de l’orfèvrerie. Il faut aller la-dedans.

Depuis que vous êtes arrivé, vous sentez un groupe touché, résigné, combatif ?

Touché, évidemment. J’ai rapidement vu que le groupe s’entendait bien et qu’il y avait une bonne ambiance. Au point qu’ils en viennent à manquer d’exigence envers le coéquipier, parce qu’ils ont peur de lui dire les choses pour pas qu’il ne plonge ou ne soit perturbé. Ça les tire tous vers le bas. Je leur ai demandé de rapidement modifier ça. Il faut être capable de se dire les choses dans le vestiaire ou sur le terrain, même si on s’entend bien. On en revient à la séance vidéo où les joueurs doivent entendre ce que j’ai à leur dire.

Vous aimeriez qu’ils se rentrent davantage dedans ?

Je leur ai dit « ce n’est pas parce que vous vous entendez bien que vous n’avez pas le droit de vous dire les choses ». Quand le coéquipier vous fait un center qui n’arrive pas et que vous levez le pouce en lui disant « ne t’en fais pas, c’est la prochaine » Au bout d’un moment, engueulez-le une bonne fois, dites -lui qu’il s’applique ! Ça va aussi lui rendre service. Je ne peux pas avoir que des agneaux. On est dans un challenge où il faut faire preuve de personnalité et de caractère. Dans notre situation, c’est primordial.

C’est un manque de caractère ?

J’ai des joueurs d’expérience, de caractère, qui ont gagné des matchs sous pression. Je veux qu’ils soient capables de faire bouger un peu les choses et de haranguer quand c’est nécessaire. Hier (mardi), j’ai reçu Marcelo, Josuha (Guilavogui), Jimmy (Briand) et Benoît (Costil). À eux quatre, on ne doit pas être loin des 2 000 matchs en pro. Ils son respectés. Ce sont mes quatre leaders qui doivent relayer mon message dans le vestiaire et sur lesquels je m’appuie.

Vous ne sentez pas un groupe qui a lâché dans la tête ?

Pas du tout, au contraire. Je sens des garçons tournés vers le projet. On peut parler de Ui-Jo qui traverse un moment difficile. Quand je discute avec lui, il veut être le sauveur de l’équipe. Il pense que s’il marque, l’équipe va se maintenir, donc que s’il ne marque pas, l’équipe va être en difficulté. Donc il se met une pression supplémentaire qui part d’un bon sentiment. Et comme en plus, il est un peu moins bien physiquement parce qu’il a beaucoup donné, il est dans le doute.

Est-ce qu’on peut mobiliser pleinement une équipe qui comporte autant de joueurs prêtés

?

Certains sont prêtés mais ont des reconductions de contrat en cas de maintien donc il ya des objectifs précis. En termes de mentalité, je vois des garçons perturbés, inhibés, en manque de confiance, mais pas des garçons qui lâchent. Encore une fois, ils se mettent beaucoup de pression et de responsabilité.

Ahmedhodzic, Mensah, Mangas, Pembélé, Adli, Guilavogui, Ignatenko, Elis et Dilrosun.

Comment faites-vous dans ce cas ? Avez-vous songé à faire appel à un préparateur mental ?

Aujourd’hui, le mental est un élément clé de la performance. C’est pour ça que j’ai passé un DU (diplôme universitaire) de coaching mental et de performance, et j’ai passé un certificat fédéral. La difficulté actuelle est surtout le manque de temps. On est à dix journées de la fin. Je sais quels leviers actionner pour emmener mes joueurs et leur redonner cette confiance pour aller chercher le maintien. On a déjà commencé à travailler dessus. Mais ramener une personne supplémentaire à ce moment-là de la saison, c’est compliqué.

GUILLAUME BONNAUD/SUD OUEST

Votre président et votre directeur sportif ont insisté sur le fait que vous connaissiez l’équipe avant d’arriver. Comment aviez-vous travaillé ?

En toute honnêteté, je suivais le club car j’aurais aimé y rebondir après Reims (à l’été 2021, NDLR). J’ai suivi l’équipe et je regardais ses matchs pendant mes six mois d’inactivité donc je connaissais assez bien l’effectif, et je trouvais que les renforts du mercato de janvier étaient les bons, et posts. aux

C’est plus difficile que ce à quoi vous vous attendiez ?

Je savais que ce serait difficile, mais j’étais passionné par ce projet. C’est ce qui m’anime. De l’extérieur, j’avais une bonne image du club. Maintenant que je suis à l’intérieur, je suis complètement convaincu. Je me sens totalement Girondin, je m’investis sept jours sur sept. La gouvernance est claire, le président est ambitieux, le club est très professionnel et porté par un environnement et des supporters merveilleux, pour qui les Girondins sont presque leur vie. J’ai très vite compris la responsabilité qui est la mienne, vis-à-vis d’eux, de la région, des salariés. Je m’attendais à un bon club français, pas à une identité aussi forte.

Et sur l’aspect sportif ?

Il ya des joueurs d’un très bon niveau, avec de l’expérience. Je n’ai pas eu de mauvaise surprise car je connaissais la plupart des joueurs. Je n’ai pas vu de garçons en difficulté technique par exemple. Ils sont en difficult d’un point de vue mental, ils ont perdu confiance, mais ce sont de très bons footballeurs.

Vous vous dites que quelques semaines de plus, ça n’aurait pas été de trop ?

Comme tout entraîneur, on préfère un projet de A à Z. Plus on a de temps, mieux c’est pour mettre ses idées et sa form de travail en place. Aujourd’hui, je sais que le temps m’est compté. Mais je ne me suis jamais dit que les dés étaient déjà jetés quand je suis arrivé. Je n’envisage rien d’autre que les Girondins en Ligue 1. C’est leur place, et nulle part ailleurs. De l’extérieur, ce que je n’avais peut-être pas saisi, c’est que les joueurs n’étaient pas prêts à jouer le maintien une deuxième année. Car aux Girondins, on ne joue pas le maintien deux années de suite. C’est inconcevable, mais c’est la réalité. Tout mon travail est de reprogrammer leur logiciel.

Mais les joueurs n’ont pas basculé dans cette opération maintien ? Car l’équipe n’a jamais été mieux classée que 15e cette saison, le premier non relégable est cinq points devant…

Il faut qu’il y ait cette price de conscience. Je travaille dessus. Ils commencent à le voir avec la difficulté qu’ils ont depuis quelque temps à gagner des matchs mais aussi à décoller du bas du classement. Il va falloir rapidement gagner. On croit que parce qu’on est Bordeaux, on va se maintenir. C’est tout un travail à faire. C’est à moi, avec mon œil neuf, de leur faire prendre conscience qu’on est dans une situation inconcevable. Pour moi, Bordeaux, c’est la gagne. On a travaillé dessus.

On a beaucoup parlé de la préparation physique. Dans quel état physique avez-vous trouvé le groupe et comment est-il aujourd’hui ?

Ce que je peux dire, c’est qu’entre Monaco et Troyes, on a monté de 1 000 mètres la distance parcourue en course à haute intensité par la totalité de l’équipe. C’est la preuve du travail fait. Les garçons ont la capacité pour le faire. Ce qu’il se passait avant, ça ne me concerne pas. J’ai une méthodologie d’entraînement, à travers ce que je demande dans l’intensité, l’exigence et la concentration, je peux vous donner ce repère factuel. Je ne peux parler que depuis que je suis là.

Quand on arrive dans une telle situation, on pense d’abord à faire bien défendre ?

Dans un premier temps, il a fallu rassurer les garçons avec un cadre beaucoup plus rigoureux. On est partis sur un système à cinq dont je ne suis pas pleinement satisfait puisqu’on prend toujours des buts. Mais on sent aussi qu’on concède moins d’occasions et qu’on est moins fragiles. C’était une première étape d’urgence.

Est-ce que ça ne se fait pas au détriment de l’allant offensif, que l’équipe semble avoir perdu ces derniers matchs ?

L’absence d’Alberth (Elis) a compté. Il nous apporte, au-delà de ses qualités de footballeur, sur les aspects psychologiques pendant le match car il est combatif, il amène de l’allant et soulage Ui-Jo. J’ai souhaité donner des responsabilités techniques à des garçons au potentiel évident, Yacine (Adli) et Rémi (Oudin), qui font preuve encore d’irrégularité. Ils savent qu’ils doivent progresser la-dessus et être plus décisifs. Ensuite, dans notre système, il ya un élément en moins à l’intérieur du jeu mais le rôle offensif des pistons est déterminant. Or, on n’a pas des pistons très efficaces offensivement dans l’avant-dernière passe, la dernière passe et les buts. S’ils ne sont pas faits pour jouer à ces posts-là ? Ça peut être une explication.

Dans ce cas, il ne faudrait pas basculer sur un autre système ?

Depuis quatre semaines, ça fait partie des choses que je travaille aux entraînements : les systèmes, les animations, les complémentarités, tout ça en fonction de l’adversaire.

La semaine dernière, presque en vous excusant, vous avez déclaré « je suis obligé de vous dire encore qu’on a bien travaillé ». C’est parce que vous sentez un décalage avec ce qu’on voit sur le terrain ?

Avant Troyes (0-2), les garçons avaient bien bossé. On avait envisagé plein de choses : les remplacements, un scénario à 0-1, le plan de jeu… Au bout de 25 minutes, un fait de jeu, une erreur d’arbitrage, et l’équipe en oublie les fondamentaux, le plan et les joueurs sont totalement inhibés. On en revient à l’aspect mental. On a bien vu la semaine dernière (Real Madrid – PSG, NDLR) que dans un grand match de Coupe d’Europe, il s’est passé exactement la même chose. Un grain de sable peut tout perturber, aussi bons soient les joueurs du PSG.

Vous avez très souvent pointé le niveau technique de l’équipe depuis votre price de fonction. Comment on corrige ça ?

Là, on est encore une fois dans le relâchement. Je suis convaincu que ce sont de bons footballeurs. Il faut qu’ils mettent plus d’exigence et de concentration. Pour être relâché, il ne faut pas douter. Et on sent qu’il ya toujours cette touche de balle en trop, ce petit geste parasite. Ils doivent chercher plus d’instinct.

Plusieurs entraîneurs récents disent qu’aux Girondins, le cadre est trop confortable. Est-ce un écueil pour vous aussi ?

Quand je discute avec mes joueurs, il ne ressort pas l’idée de confort, plutôt celle d’un club historique, ambitieux et qui gagne. À titre personnel, je mets en place une exigence de travail et une discipline qui ne peuvent pas me permettre d’installer un quelconque confort. Je ne veux pas que mes joueurs se reposent sur leurs lauriers, encore moins dans notre situation.

Votre président dit qu’à Bordeaux, il faut un entraîneur qui accepte de perdre quatre, cinq ou six titulaires à chaque mercato d’été. Vous, ça vous convient ?

Je sais vers quoi le football se tourne. J’aime développer des joueurs, ça a été une grande partie de mon travail à Reims. Mais ça concerne tous les joueurs: j’ai fait progresser un Abdelhamid de 28 ans ainsi qu’un Mbuku de 17 ans ou un Dia de 20 ans. On doit prendre en considération l’économie du foot et toutes les difficultés qui se position. On voit aussi qu’il est très rare qu’un joueur ne fasse qu’une année dans un club. Donc il ya souvent la possibilité de travailler sur deux ans.

Votre président a dit qu’il resterait même en cas de descente en Ligue 2. Et vous ?

Quand j’ai signé, j’ai dit que j’avais un horizon à trois mois. Je m’investis totalement pour que les Girondins se maintiennent. Je suis focalisé sur cet objectif. Très sincèrement, je n’envisage pas du tout le cas où il n’y aurait pas de maintien.Arriver sans adjoint, c’était la bonne stratégie considérant ce que vous avez observé depuis un mois ?

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