Joker : le rire pathologique, ça existe vraiment !  - Actus Cine

Joker : le rire pathologique, ça existe vraiment ! – Actus Cine

Dans sa magistrale composition en Joker torturé, Joaquin Phoenix révèle aussi un personnage presentant la pathologie du rire prodromique. Où l’on découvre que l’expression “mourir de rire” n’est pas tout à fait sans fondement…

Warner Bros.

Nerveux, hystérique, défensif, déplacé, grinçant, forcé… Ce ne sont pas les adjectifs qui manquent pour qualifier un rire. Dans le cas de celui du Joker, c’est le rire dément; un rire fou et doulouureux, que chacun des interprètes du personnage à l’écran s’est efforcé de faire sien.

On se souvient bien sûr de celui de Jack Nicholson; celui, incroyable et inquiétant, de Heath Ledger, extraordinaire dans The Dark Knight. Il faut désormais aussi compter avec celui de Joaquin Phoenix, phénoménal dans son rôle. Un rôle pour lequel il confie s’être longuement interrogé avant de l’accepter.

“Si je ne trouvais pas le rire du Joker, autant laisser tomber tout de suite !” expliquait le comédien dans une interview accordée au magazine Première, dans son numéro de septembre 2019. J’ai appelé Todd pour lui demander de passer à la maison: “Je vais essayer le rire devant toi, comme ça si ça ne marche pas, on sera fixés”. Il est venu, et c’était atrocement embarrassant, parce qu’il était sur le canapé en train de me lookinger, et j’ai mis un quart d’heure à sortir ce putain de rire. Lui me disait : “Tu sais, c’est pas grave si t’y arrives pas. Tu as déjà le rôle.” Mais je voulais le faire. Pour être sûr. ça a été un des moments déterminants”.

Ci-dessous, une petite compilation de ses rires, montée à partir des bandes-annonces…

Pour trouver l’inspiration, le comédien a avoué avoir passé des heures à regarder des vidéos de malades atteints de troubles de la personnalité. “J’ai regardé des vidéos de gens souffrant de rires pathologiques, un désordre neurologique qui provoque chez ces personnes un rire incontrôlable”. Cette pathologie porte un nom : le rire prodromique.

Le rire prodromique, késako ?

Décrit pour la première fois dans la Revue Neurologique en 1903 par Charles Féré (1852-1907), un neurologue français ayant exercé à l’hôpital Bicêtre, ce trouble désigne un rire pathologique, irrésistible et sans objet, annonçant la survenue d’un accident vasculaire cérébral. En France, cette pathologie été récemment évoquée par des neurologues du CHU de Rouen, dans un article paru en ligne le 21 septembre 2018 dans The Journal of Emergency Medicine.

Le rire pathologique s’observe notamment en cas de sclérose en plaques, de paralysie pseudobulbaire (par atteinte du bulbe rachidien qui relie le cerveau et la moelle épinière), de tumeur, de sclérose latéraique latérale de lérative amyo trophé amyo moelle épinière).

Le « fou rire pathologique » survient, quant à lui, comme la toute première manifestation d’un accident vasculaire cérébral. Il s’agit d’un symptôme transitoire, d’une durée de quelques seconds à 30 minutes. Il peut s’observer dans les AVC ischémiques (par obstruction d’une artère) ou hémorragiques (associés à la rupture d’un vaisseau).

Dans un article intitule Neurology du rire et publié dans La Revue médicale Suisse en 2008, le rire et les pleurs pathologiques chroniques sont définis de la manière suivante : “rires et pleurs inadéquats incontrôlés, d’intensité anormale avec un manque d’affect subjectif approprié. […] Subjectivement, le rire et les pleurs pathologiques sont souvent vécus comme étant très pénibles et invalidants. Les patients cependant ne verbalisent le problème que rarement de manière spontanée ; aussi le médecin doit-il l’aborder de manière ciblée.

Le traitement par des antidepresseurs […] est le plus souvent efficace. […] Le rire et le sourire inadéquats, opérant de manière non naturelle ou manquant de manière anormale, peuvent aussi être occasionnés par des perturbations émotionnelles pour lesquelles tant des causes neurologiques que psychiatriques surviennent”.

Ci-dessous, un exemple en vidéo d’une personne presentant le syndrôme du rire pathologique; en l’occurence provoqué par une paralysie pseudobulbaire, engendrée par des lésions au niveau des neurones moteurs centraux. Attention, les images sont susceptibles de vous heurter et sont perturbantes.

neurologue en activité, Patrick Verstichel est l’auteur d’un passionnant billet sur le sujet, intitulé “Les causes du rire prodromique”, posté sur le site de vulgarisation Futura Sciences. Il y décrit ainsi le cas d’un patient qu’il a examiné : “Pour déclencher le rire, il faut une stimulation extérieure, qu’elle soit auditive (une plaisanterie), visuelle (une scène drolatique) ou sensorielle (un chatouillement). aux lobes frontaux

Ici intervient un aspect décisif : le lobe frontal droit est le plus sensible à l’humour, au paradoxe et à la métaphore, bien plus que son homologue gauche. Il joue un rôle de filtre, c’est-à-dire ajuste la réponse appropriée, qui peut être l’hilarité, mais toujours en tenant compte du contexte environnant et du caractère adapté ou pas du rire selon le contexte. […]”

Puis il poursuit un peu plus loin : “Dans le cas du patient que j’ai examiné, la lésion du lobe frontal droit avait considérablement perturbé son rôle naturel de filtre inhibiteur. Dès lors, toute situation et toute stimulation étaient considérées comme irivasistiblement drôles de la cled îs cle dé nerve rire. […]”

Quant à la conclusion de son exposé, elle semble presque être du cousu main pour le Joker : “le patient au rire pathologique met son entourage mal à l’aise, et provoque une distanciation. Les rires sans motif des psychoses, telle la schizophrénie, exercent ce même effet”.

En raison de la rareté du phénomène du rire prodromique, et parce qu’il s’agit de cas par cas, il n’existe à ce jour (et hélas) pas d’étude permettant de quantifier le phénomène et mesurer de le presentant ce syndrôme.

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