critique du Sex and the Pourri d'Amazon avec Sophie Marceau

critique du Sex and the Pourri d’Amazon avec Sophie Marceau

MAIS T’ÉTAIS Ou ? PIALAT!

Lisa (Sophie Marceau) est une réalisatrice de films quinquagénaire qui décide de commencer une nouvelle vie aux États-Unis afin de tourner la page du décès de sa mère marâtre qui ne l’a jamais vraiment aimée qui, , peut-être, retrouver l’amour. I Love America est donc un film sur le deuil, l’absence d’amour filial, le désir et la sexualité féminine passée 50 ans. Mais surtout, c’est un film sur Lisa Azuelos, réalisatrice de films quinquagénaire ayant perdu sa mère récemment et ayant tourné un film en Amérique pour Amazon Prime Video dans la foulée.

On louait récemment Kenneth Branagh pour sa capacité à se mettre en retrait du récit de sa propre histoire dans Belfast, son dernier film d’inspiration autobiographique. Lisa Azuelos fait précisément l’inverse avec I Love America et se met systématiquement en travers de son sujet.

I Love America : photo, Sophie MarceauSophie Marceau

En résulte un film profondément égocentrique et vaniteux, incapable d’énoncer quoi que ce soit d’autre que des aphorismes mongoloïdes volés à un coach de vie défoncé au patchouli (“Les sites de rencontre nous font oublier notre solitude, mais la véritable rencontre n’est-elle pas avec soi-même ?‘) ou des blagues qui feraient passer Le professeur Foldingue pour du Kant (“Plus de 500 likes en une nuit je n’ai jamais vu ça, c’est un tsunabite“).

Un humour si gênant qu’il confine à la torture au détour de quelques saillies sur le monde moderne, confirmant qu’en plus de ses allures d’oeuvre fantasmée par un khâgneux badigeonné de Biactol, I Love America est aussi le produit vieillot d’un esprit désespérément poussiéreux. Une espèce de fusion improbable entre du Sex and the City mal digéré et du Maurice Pialat compris de travers, entre comédies de moeurs pailletées à côté de la plaque et meta-récit de soi versant dans la passion doloriste faisant totalement abstraction du reste du monde, si film fasciné par son nombril se procuration en train de se masturber. Tout un symbole.

I Love America : photo, Djanis Bouzyani, Colin Woodell, Sophie MarceauLes neuneus de l’amour

I HATE CINEMA

Mais au-delà de la moquerie que génère son onanisme aussi effréné que ridicule, I Love America se démarque par le vomitif sentiment d’abject que son univers bourgeois suscite par ailleurs. On reste souvent ahuris par la juxtaposition parfaitement dégoûtante des atermoiments de Sophie Marceau et ses aventures sexuelles multipliant les signes extérieurs de richesse. Qu’on soit bien clair : riche ou pauvre, perdre un parent est une épreuve difficile et grandir dans un foyer sans amour n’a rien d’une rigolade. Mais l’expérience empathique est sérieusement entravée par le monde d’I Love America, où la pire chose qui puisse arriver dans une journée soit que Nestor le voiturier casse un phare de la Ferrari. Ouin. Ouin. Ouin.

Cela aurait pu être un sujet, le point de départ d’une satire, mais non. I Love America est un film si nonchalamment bling-bling qu’il ne rend même pas compte que son imagerie parasite son récit. En témoigne cette scène flashback intime : Lisa, enfant, essaye une paire d’escarpins appartenant à sa mere. Des chaussures élégantes de grande dame, bien trop large pour que ses petits pieds ne les remplissent. Par-dessus ce symbole, simple mais efficace : un énorme logo YSL, filmé en plan serré. Pour certain peoplenes, c’est plus fort que tout : même dans les moments d’émotions, il faut rappeler d’où l’on vient, surtout quand on a la chance de faire partie des gens pour qui l’argent ne fait pas le bonheur.

I Love America : photo, Sophie MarceauLa misère est moins pénible au soleil, surtout quand on est blindé

I Love America ne se rend jamais compte qu’il dégueule le luxe et le mépris de classe, qu’il hurle dans chaque photogramme “j’ai de l’argent et je baise”. C’est plus fort que lui, presque un réflexe narcissique. C’est avec une morgue rare qu’on entend par exemple le personnage de Sophie Marceau se plaindre de Paris, des grèves, de la pluie, de la mauvaise humeur des gens et se satisfaire d’être parti dans une villa avec piscine à Los Angeles. Une solution si évidente et efficace quand on y pense ! Nous vient même une idée d’optimisation pour le prochain voyage: un aller simple droit vers le Soleil. Tout le monde sera content et il y fait plus chaud que l’Ouest parisien.

I Love America est disponible sur Amazon Prime Video en France depuis le 11 mars 2022

I Love America : Affiche officielle

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