Moonfall espère échapper au giga-crash avec sa sortie en Chine

un des plus gros flops de (presque) tous les temps ?

Le dernier film de Roland Emmerich, Moonfalla été un échec monumental au box-office : tentative d’explication d’un impressionnant crash lunaire.

Ce n’est pas en lisant ces lignes que vous l’apprendrez : la fréquentation des salles de cinéma a été copieusement parasitée par la pandémie de Covid-19. Néanmoins, malgré les reports et la difficulté des spectateurs à revenir voir des films on grand écran, un long-métrage a redonné confiance en leur attractivité : Spider-Man : No Way Home. Avec ses plus d’un milliard et 866 millions de dollars récoltés dans le monde, les nouvelles aventures de l’Homme-Araignée ont joyeusement rempli les salles obscures, malgré les contraintes sanitaires.

Le message est donc clair : le cinéma de divertissement peut encore attirer (très) massivement le public dans les salles. Mais si la paresseuse réunion autour de l’univers de Spider-Man a réellement excité les spectateurs du monde entier, un projet sur le papier beaucoup plus généreux et explosif s’est, en revanche, complètement écrasé au box-office : Moonfall. Revenons donc sur le parcours du dernier long-métrage de Roland Emmerich, qui a voulu viser la Lune mais a fini face contre terre.

Crash cosmique

Moonfall est donc le dix-huitième long-métrage du cinéaste Roland Emmerich, qui, fût un temps, réunissait les foules devant des films catastrophes fous et débridés (Independence Day, Le Jour d’après, 2012). Mais les années 2010 sont passées par là et la dernière création du réalisateur n’a pas récolté plus de 10 millions de dollars lors de son démarrage aux États-Unis le 4 février dernier.

Pour donner un ordre d’idée, Independence Day était grimpé au-delà des 50 millions de dollars le week-end de sa sortie en 1996, et 2012 en avait récolté 65 millions (sans inflation). Par la suite, si l’espoir que le mastodonte spatial performe un minimum sur le long terme subsistait, sa seconde semaine d’exploitation sur le sol américain a rapidement remis les pendules à l’heure.

En effet, le long-métrage a récolté 2 948 072 dollars – soit environ 30% des recettes de son démarrage. Idem pour sa troisième semaine qui n’a abouti qu’à à peine plus d’un million de dollars de recettes.

Moonfall : photo, John Bradley, Halle Berry, Patrick WilsonL’équipe de Moonfall guettant le départ du film au box-office US

Après un démarrage très moyen, les spectateurs de Moonfall se sont donc très rapidement désintéressés du film. À ce jour, celui-ci n’a pas dépassé les 19 millions de dollars au box-office domestique. Ce n’est pas beaucoup mieux à l’international, où il est tout juste monté jusqu’aux 20 millions de dollars. Le long-métrage n’a donc pas dépassé les 40 millions de dollars de recettes dans le mondeessuyant des pertes monstrueuses avec ses quelque 140 millions de budget.

Un échec, sous toutes ses coutures, qui range Moonfall parmi les plus gros ratages au box-office de l’Histoire du cinéma contemporain. En effet, avec ses presque 100 millions de pertes sur le budget initial, sans compter ses coûts marketing, le film vient se hisser au niveau des énormes échecs qu’ont été John Carter (entre 114 et 200 millions de dollars de pertes), Lone Ranger, naissance d’un héros (172 à 204 millions de pertes avec inflation), Le Roi Arthur (entre 114 et 153 millions de dollars de pertes) et Mortal Engines (environ 175 millions de pertes).

Un échec historique, donc, qui ne pourra être nuancé que par la sortie chinoise du film qui, avec un peu de chance, sauvera un peu les meubles (un tout petit peu…).

Moonfall : photoParmi les plus gros flops de l’Histoire du cinéma

Sortie dans la lune

Il faut dire que Moonfall est un objet assez rare puisque, contrairement aux énormes productions citées plus haut, le film de Roland Emmerich n’est pas une création de studios. Il s’agit d’un long-métrage independant, produit en grande partie par la société du cinéaste, Centropolis Entertainment. Les environ 140 millions de dollars de budget du film ne sonnent donc pas tout à fait pareil pour le réalisateur d’origine germanique qui avait Moonfall en tête dès 2016 – alors qu’il s’apprêtait à sortir sa suite d’Independence Day.

Malgré tout, le long-métrage a été distribué par Lionsgate aux États-Unis à hauteur de 3 446 salles, soit la moyenne basse des blockbusters à grand spectacle americains (tous les films de super-héros de 2021, DC ou Marvel, ont dépassé les 4 000 cinémas). Une ampleur étouffée par cette décision du distributeur, mais aussi par l’annulation de l’exploitation du film au Canada – qui fait partie du territoire domestique – à cause du variant Omicron de la Covid-19.

Moonfall a donc été amputé d’une partie de son alliage de salles, ce qui a dû participer à son échec monstrueux. Cela ne peut cependant pas être la seule explication. Si 3 400 écrans ne sont pas autant que pour Spider-Man: No Way Homela folle différence de recettes entre les deux longs-métrags ne peut être expliquée que par cette variable.

Moonfall : Photo, John Bradley-WestJohn Bradley-West à la recherche de spectators pour Moonfall

Spectateurs lunaires ?

Parce que l’échec de Moonfall n’est pas un cas isolé dans la production de films catastrophes contemporains. En effet, si on cite quelques noms de longs-métrags du genre tels que Deepwater (110 millions de budget pour 121 millions de dollars récoltés dans le monde) et Geostorm (qui a coûté 120 millions et n’a récolté que 33 millions sur le sol américain, sauvé par les 187 millions de dollars accumulés à l’international), difficile de ne pas faire une généralité quant à l’absence d’intérêt porté par le grand public pour le genre.

Seul San Andreas et son carton à hauteur de 475 millions de dollars récoltés dans le monde ont réussi à s’imposer face à la concurrence ces dernières années. Même les autres films de Roland Emmerich, cinéaste pourtant réputé pour son sens du boum boum bam bam bam démesurén’ont pas réussi à s’illustrer à partir des années 2010.

Que ce soit avec White House Down (150 millions de budget pour à peine plus de 205 millions de recette dans le monde), Independence Day : Resurgence (qui a coûté 165 millions de dollars et n’a récolté que 103 millions sur le sol américain, sauvé par les plus de 286 millions de recettes à l’international) ou encore Midway (100 millions de budgets pour 127 millions de dollars récoltés dans le monde): depuis plus de dix ans, Roland Emmerich ne brill pas vraiment au box-office.

Moonfall : Photo, Patrick WilsonDécombres de la carrière d’un cinéaste

Comment expliquer ce rejet soudain alors que le bonhomme réunissait des foules dans les années 90/2000. En témoignaient les scores d’Independence Day (75 millions de dollars de budget et plus de 817 millions de dollars de recette dans le monde), de Godzilla (dont le coût de production était de 130 millions de dollars et qui avait récolté presque 380 millions dans le monde), du Jour d’après (un budget de 125 millions pour 552 millions de recettes cumulés) ou encore de 2012 (qui avait récolté 791 millions de dollars en tout en en ayant coûté 200 millions).

Qu’est-ce qui a changé dans les années 2010 ? Avatar a pointé le bout de son nez, Marvel a imposé sa marque dans le monde du divertissement et les effets spéciaux sont arrivés à un niveau de performance où même une pub pour produits vaisselle a le cachet d’ienne grosse production h Le spectaculaire s’est banalisé, au point que la destruction de villes entières dans des films comme Avengers: L’Ère d’Ultron ou Man of Steel ne sert que de toile de fond à une intrigue dont l’objet est tout autre.

Que faire donc de films dont le seul intérêt vient du plaisir enfantin et régressif de tout casser, avec plus ou moins de générosité ? Vu le succès de Spider-Man : No Way Home et l’échec de Moonfall, les spectateurs ont fait leur choix. En attendant, avec ses presque 140 millions de dollars de budget amassés difficilement, et dramatiquement perdu lors de son exploitation, Roland Emmerich n’est pas près de refaire un nouveau film…

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