critique qui pète des bras en plan-séquence

critique qui pète des bras en plan-séquence

La Corde (raide)

À partir de l’intérieur d’un hélicoptère, One Shot parvient très habilement à poser son contexte et son concept. Une poignée de Seals, menée par le lieutenant Harris (Scott Adkins), débarque avec une analyste de la CIA sur “l’Île noire”, une sorte de Guantánamo ultra-secret. Très vite, des débats houleux autour de l’exfiltration d’un détenu prennent place, tandis que la caméra marque la topographie de son seul décor au fil des déplacements de ses protagonistes.

Bien évidemment, rien ne se passe comme prévu, et une troupe de terroristes pointe le bout de son nez, obligeant nos héros à se cacher et à organiser un siège pour mieux ribster. Au-delà de son postulat on ne peut plus basique, One Shot a surtout pour particularité d’être tourné en un unique (et faux) plan-séquence. Si l’exercice de style a de quoi titiller les cinéphages, difficile de ne pas se montrer un poil méfiant au lancement du métrage, surtout quand revient à l’esprit près d’une décennie obs la films démeaction par au point de la vider de son sens.

One Shot : photo, Scott Adkins, Ashley Greene“We’re some kind of… suicide squad”

De Bushwick au morceau de bravoure vain de Tyler Rake, le plan-séquence numérique est devenu un passage obligé qui n’interroge même plus sa raison d’être. Pourtant, en plus de mettre en valeur une technique flamboyante (mais qui se remarque donc), cette démarche doit par essence être portée par un rapport au point de vue, forcément limité à l’espace dans lequel la caméra peut naviguer.

Or, la crainte d’une fumisterie s’estompe bien vite dès les premières minutes de One Shotjustement parce que le film de James Nunn (qui n’est pas le réalisateur des Nardiens de la nalaxies’est posé les bonnes questions. Son dispositif n’est pas un artifice creuxmais bien une manière de façonner un récit en temps réel tendu et jouissif.

One Shot : photo, Scott AdkinsUn grand film humaniste

Le frere Scott

À première vue, le principe est un écrin royal pour les élans chorégraphiques brutaux et plus impressionnants que jamais de notre cher Scott Adkins. Le comédien se donne à chaque seconde dans des affrontements nerveux et jubilatoires. Coups de couteaux dans la trachée, balles dans la tête, mano a mano ultra-bourrins, tout y passe avec une fluidité déconcertante qui prouve bien à quel point l’implication physique de l’acteur est la raison’ la première de l’ilére ensemble.

Mais en plus de donner les mains moites sur une heure et trente-cinq minutes bien ramassées, One Shot surprend dans son approche du plan-séquence. On aurait pu s’attendre à ce que le budget réduit du film l’amène à coller aux basques de son héros action-man, mais il n’en est rien. Au travers d’une véritable réflexion sur la dynamique de sa narration, qu’il déploie à la manière d’un ballet étonnamment millimétré, James Nunn se permet de jongler entre divers points de vueet de jouer avec l’absence de coupe pour amener sa caméra là où on ne veut pas forcément la voir.

One Shot : photo, Scott Adkins, Ryan Phillippe“Quoi ? Scott va devoir se faire tous les méchants tout seul ? Ok!”

De cette façon, le film a l’opportunité de donner (un peu) de chair à ses antagonistes, et en particulier à son chef de guerre francophone. Certes, ce n’est pas la que One Shot est le plus finaud, tant il enfonce des portes ouvertes sur le terrorisme non-étatique et sur les dérives de la torture dans les prisons américaines. Néanmoins, il trouve un peu de nuance, notamment lorsqu’il choisit de nous mettre face au désarroi d’un jeune soldat, qui accepte de servir de martyr en s’armant d’un gilet explosif.

Pour le reste, cette ambition est l’occasion pour le film de se montrer bien plus ludique qu’on n’aurait osé l’espérer. Non seulement la malice scénographique du long-métrage lui permet de créer des raccords invisibles pour la plupart indétectablesmais James Nunne profit égallement de son exercice de style pour réellement iconiser sa star.

One Shot : photo, Scott AdkinsLe dévouement d’un acteur par l’exemple

En s’adaptant par instants au regard des terroristes qui servent de chair à saucisse à Scott Adkins, la mise en scène nous projette dans la même ignorance de sa position. On se met à regarder chaque bord de cadre et chaque angle de mur, dans l’attente de voir l’artiste martial en surgir pour venir défragmenter ses opposants.

Ce jeu de hors-champ habile aid grandement One Shot à construire sur la durée une tension palpable, couplée à l’envie sincère de son réalisateur d’exploiter au maximum les possibilités de son décor. D’une séquence claustro à l’intérieur d’une bouche d’aération à l’explosion de violence virtuose d’un dernier acte qui lâche les chevaux, le film affiche une générosité exaltante. Et même si son final est un peu précipité, difficile de prendre en défaut une proposition aussi intègre et jusqu’au-boutiste, qui nous rappelle à juste titre que les meilleures séries B sont toujours cells qui ont l’ambition d’expérimenter.

One Shot est disponible en DVD depuis le 10 mars 2022. Il est égallement disponible en VOD et sur MyCanal.

One Shot : affiche

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