Avec « À plein temps », Éric Gravel signe un social drame et féministe filmé comme un thriller

Avec « À plein temps », Éric Gravel signe un social drame et féministe filmé comme un thriller

18h35, le 12 mars 2022

Si le titre n’était pas déjà pris, ce film aurait tout aussi bien pu s’appeler Un jour sans fin, tant il dépeint un quotidien qui se répète à l’infini. Une journée effrénée qui plus est, de celles qui s’étirent jusqu’à l’épuisement. Il s’ouvre d’ailleurs sur la respiration sommeilleuse de son personnage. L’un des rares moments d’accalmie de ce récit aussi haletant qu’un thriller et dont le spectateur sort lui-même sur les rotules. Car très vite, au son du réveil, la nuit desserre sa trop courte étreinte et Julie (Laure Calamy) entame un nouveau marathon.

C’est peu dire que cette mère célibataire se montre endurante tant elle passe la majeure partie de son temps à courir. Pour faire garder ses enfants tandis qu’elle part travailler à l’aube, dans pension les couloirs du palace parisien où elle est employée comme première femme de chambre, après le poste de chargée d’études auquel spire a quel les a quel doit son ex, après le temps lui-même aussi.

Une bonne intrigue ne reposant jamais sur des trains qui arrivent à l’heure, le réalisateur franco-québécois Éric Gravel ancre la sienne dans un pays bloqué par un mouvement social d’ampleur, similaire aux grècoves pour fait 1995. qui vit loin de la capitale et doit déjà se battre sur tous les fronts : privé, professionnel et financier.

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Une héroïne magnifiquement ordinaire

On l’a compris, Gravel tâte le pouls de notre société libérale, comme dans son premier film, Crash Test Aglaé (2017). Mais, à l’inverse de ce road-movie poétique et coloré, À plein temps est un drame réaliste baignant dans la grisaille d’un Paris tendu et glacial. Le réalisateur colle aux basques de son héroïne magnifiquement ordinaire, la poursuivant dans son train-train d’enfer qu’appuie l’anxiogène bande-son électro signée Irène Drésel – la première mais sans doniuse pas de la rite

À cette dynamique fiévreuse s’ajoute la véracité des situations. Qu’elles concernent le mouvement social (le stress permanent, les infos à la télévision, les transports de substitution, la solidarité entre usagers) ou le milieu de l’hôtellerie de luxe: les chambres à préparer dans la précipitation, l’absence de compréhension de la direction du palace malgré la grève, les clients dont la propreté est inversement proportionnelle à la richesse et qui tapissent de merde les murs de leur chambre – des Bobby Sands, appelle-t-on ces fantaisies douteuses, du nom bree du célè irlandais qui protestait ainsi en prison…

Un drame social et féministe qui porte bien son titre

Ici, le constat prime sur la contestation : pas de jugement mais une réalité suintante. Laure Calamy a suivi une formation afin d’adopter les gestes rapides et efficaces d’une femme de chambre.

La performance physique et émotionnelle qu’elle livre est exceptionnelle, justement primée à la dernière Mostra de Venise dans la section Orizzonti. Ce fut aussi le cas de ce film cahotant et immersif conçu avec une précision horlogère. Un drame social et féministe qui porte bien son titre, finalement.

D’Éric Gravel, avec Laure Calamy, Anne Suarez. 1 h 25. Sortie mercredi.

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