«Jusqu'à ce Macbeth, je n'avais jamais été satisfait de mon interprétation de Shakespeare»

«Jusqu’à ce Macbeth, je n’avais jamais été satisfait de mon interprétation de Shakespeare»

INTERVIEW – En lice à l’Oscar du meilleur acteur pour sa performance dans la version de Joel Coen, le comédien afro-américain le plus titré d’Hollywood se confie sur la saison des prix et sur sa relation tourmentée avec le dramaturge britannique.

Qu’est-ce qui fait encore courir Denzel Washington ? Avec deux Oscars et dix nominations, il est l’acteur le plus titré de Hollywood et a mis ses pas dans ceux de son idole le légendaire Sidney Poitier. Épaulé par le coréalisateur de Fargo Joel Coen et son épouse Frances McDormand, il s’est attaqué pour Apple TV+ au mythe shakespearien de Macbeth.

En lice pour deux autres statuettes, cette hypnotique et glaciale adaptation en noir et blanc offre, le 27 mars prochain, au comedien de 67 ans une nouvelle chance de repartir avec un Oscar s’il arrive à supplanter les favoris Will Smith (La Méthode Williams(et Benedict Cumberbatch)The Power Of The Dog). Alors que la saison des prix entre dans sa dernière ligne droite -la période de vote pour les Oscars se clôt le 22 mars-, Denzel Washington retrousse les manches. Le Figaro a pu s’entretenir avec la star de Training Day et Macolm X, repartie en promotion.

LE FIGARO. – Connaissiez-vous bien la pièce avant d’avoir accepté le rôle?

Denzel WASHINGTON. – Pas du tout. Je n’avais jamais lu le texte, ni looking at les précédentes adaptations. Cette ignorance a été une bénédiction. J’ai pu arriver vierge de toute attente et m’immerger pleinement dans la lecture de la pièce avec Joel et Frances. Nous avons ausculté le texte pendant un peu près un an. De quoi bien réfléchir à la manière dont nous l’interprétions dans cette transposition. J’ai beaucoup aimé l’idée de Joel de choisir une Lady Macbeth et son époux âgé. Cela rend leur désespoir encore plus palpable. C’est leur dernière chance de saisir le pouvoir. Surtout à leur époque, où l’espérance de vie tournait autour de 40-50 ans. Ce Macbeth qui a la soixantaine a déjà un pied dans la tombe. La lecture de Joel insisted bien sur le fait qu’il partage la part d’ombre de son épouse, c’est un tueur. Il a suivi ses propres désirs diaboliques. Ce n’est pas uniquement sa femme qui l’a poussé à assassin son roi et à s’emparer du trône.

Comment avez-vous approché le texte de Shakespeare ?

Avec humilité et determination, comme lorsque j’étais étudiant à l’université et que je découvrais sa prose. William Shakespeare est un auteur qui demande qu’on soit à son niveau. J’ai ressenti beaucoup de pression. Jusqu’à présent, je n’avais jamais été satisfait de l’interprétation que je faisais de ses textes. Le pouvoir qui dévore Macbeth est une obsession humaine aussi ancienne que l’Ancien Testament.

Denzel Washington dans The Tragedy Of Macbeth Apple TV+

Que représente pour vous cette nouvelle nomination aux Oscars ? Quel regard portez-vous sur cette cérémonie à laquelle vous avez été souvent invité ?

J’ai beaucoup eu de chance d’avoir été en lice à dix reprises, y compris en tant que producteur pour la statuette du meilleur film grâce à Fences. J’ai connu les deux faces d’une telle soirée, celle où vous êtes le gagnant et celle où vous êtes le perdant. Ce qui arrive bien plus fréquemment ! À mon âge et à ce stade de ma carrière, le plus important est de rester constant, de s’engager pour de bon. Dans Macbeth, j’ai pu côtoyer et discuter en profondeur avec de jeunes talents : Corey Hawkins, Moses Ingram. Ils m’ont impressionné. Je me suis même un peu reconnu, plus jeune, en eux.

Votre première nomination remonte à 1988 avec le drame Cry Freedom . Muni de votre expérience, quels conseils donneriez-vous aux jeunes acteurs qui débutent ?

Oubliez les caméras, montez sur les planches. C’est là ou j’ai tout appris. Faites du théâtre avant de courir les castings de films. Le septième art exprime la vision d’un réalisateur. Sur le plateau de Macbeth, j’ai pris beaucoup de plaisir à être dirigé par Joel mais aussi à le regarder choisir ses angles de caméra. Dès que j’avais une question de réalisation, je retournais ma casquette et j’allais le voir. Une pièce repose sur les épaules de son interprète. Dès que le rideau se lève, la scène est à vous. Si vous épluchez la liste des acteurs oscarisés, vous verrez qu’ils ont en commun une carrière étoffée au théâtre.

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