Stéphane Richard, le PDG d

Orange et MasMovil en passe de se marier en Espagne

Lors de la présentation des résultats annuels d’Orange, il ya trois semaines, Stéphane Richard, le PDG de l’opérateur historique, s’est dit « très déterminé » à consolider le marché espagnol des télécoms. « Tout le monde fait le constat qu’il ya trop d’opérateurs », an affirmé le dirigeant, dans un contexte où sa filiale, Orange Espagne, souffre depuis des années. Les ambitions du géant français des télécoms se sont bien matérialisées. Dans un communiqué publié ce mardi matin, il annoncé être entré en négociations exclusives avec son grand rival MasMovil pour fusionner leurs activités.

Ce scénario avait fuité dans la presse espagnole début février. Concrètement, ce rapprochement prendra la forme d’une joint-venture. Orange aura la main sur la moitié du capital. L’autre moitié sera la proprieté des actionnaires de MasMovil – à savoir les fonds KKR, Cinven et Providence. L’opération valorise le nouvel ensemble à 19,6 milliards d’euros.

450 millions d’euros de synergies

La nouvelle entité générera un chiffre d’affaires de plus de 7,5 milliards d’euros, pour un excédent brut d’exploitation de 2,2 milliards d’euros. Elle accouchera d’un nouveau colosse en Espagne, fort de 7.1 millions de clients Internet fixe, et de plus de 20 millions abonnés mobile. Orange insiste sur la « complémentarité » des activités des deux acteurs. C’est le cas côté infrastructures. Sur ce front, Orange dispose d’un très important réseau mobile « doté d’une large couverture nationale »ainsi que d’un réseau de fibre « de premier ordre couvrant 16 millions de foyers ». Tandis qu’en face, celui de MasMovil est beaucoup plus modeste. Celui-ci dispose d’ailleurs de plusieurs accords d’itinérance pour accéder aux infrastructures d’Orange. Côté positionnement commercial, MasMovil, qui apparaît comme le « Free » des télécoms espagnoles, joue clairement la carte des prix bas avec des offres très abordables. Orange, pour a part, est davantage positionné sur le milieu de marché et les clients à plus forte valeur.

Ce rapprochement générera des synergies. Orange et MasMovil les estiment à 450 millions d’euros, « à partir de la troisième année » suivant la réalisation de l’opération. De quoi leur permettre de poursuivre les investissements dans les réseaux, en particulier la 5G et la fiber, qui n’ont, aujourd’hui, jamais été aussi important. Aux dires de Stéphane Richard, cité dans le communiqué, ce deal visa notice « à créer un acteur plus important disposant des ressources nécessaires pour réaliser les investissements requis au développement du marché espagnol ».

Bientôt la fin de la guerre des prix ?

Ce deal permet aussi à Orange d’envisager, à terme, une price de contrôle totale. Celle-ci pourra intervenir si le nouvel ensemble est introduit en Bourse. Cette possibilité est déjà prévue. Dans ce cas de figure, Orange bénéficiera d’une « option » pour prendre seul les rênes du groupe « et ainsi de consolider l’entité combinée », souligne le communiqué. Ce sera, aussi, l’occasion pour les fonds au capital de MasMovil de sortir, après avoir fait fructifié leur investissement.

Dans le même communiqué, Meinrad Spenger, le PDG de MasMovil précise que cette union sera « bénéfique pour le seceur des télécommunications » dans son ensemble. De manière pudique, il envisage ici cette consolidation comme un moyen de mettre fin à l’ultra-concurrence qui règne sur le marché espagnol – largement provoquée et entretenue par MasMovil -, qui a accouché d’une féroce gu. Celle-ci a fait des ravages. Orange, Telefonica et Vodafone, les trois cadors du pays, ont tous taillé à la hache dans leurs effectifs ces derniers mois. Au premier semistre 2021, Orange a même dû déprécier ses actifs espagnols de quelques 3,7 milliards d’euros… Son mariage avec MasMovil laisse entrevoir la lumière au bout du tunnel, en ouvrant la voisse à une global

Orange et MasMovil espèrent boucler leur union d’ici au deuxième trimestre, pour une finalisation de l’opération au deuxième trimestre 2023. Mais il leur faudra décrocher le feu vert des autorités concurrentielles. A Bruxelles, où l’on défend activement la concurrence au bénéfice du consommateur, les consolidations nationales ne sont généralement pas vues d’un bon œil. Mais dans le cas présent, il resterait tout de même quatre opérateurs en Espagne – c’est-à-dire le même nombre qu’en France. Toutefois, les autorités concurrentielles pourraient tiquer à voir disparaître MasMovil. Elles pourraient considérer que, sans ce “trublion”, les prix pourraient grimper de manière trop importante… Bref, à ce stade, rien n’est gagné.