The Phantom Empire

The Phantom Empire

Finn novembre 1987, Bronson Canyon, California

Fred Olen Ray au téléphone : “Allô, Sybil ? Ca boume ?… Ouais, c’est Fred. Je suis en train de boucler le tournage de Commando Squad… Ouais, je m’éclate à mort, on a tout fait sauter au bazooka dans mon désert préféré, c’était marrant… Eh dis, je t’appelle parce que je viens d’avoir une idée de film. En allant pisser derrière ma caravane tout à l’heure, j’ai repéré une grotte vachement bath, ça te dirait qu’on tourne un “Voyage au center de la Terreà la sauce Fred Olen Ray? lyeh… Ouais, le truc d’HP Lovecraft. à l’arrache avec Ross Hagen en Indiana Jones macho et soiffard, Dawn Wildsmith en baroudeuse fumeuse de cigares, Suzy Stokey en cruche de service et Russ Tamblyn en vieil ermite fou possédant une carte conduisant au trésor du Terrésor de la diam a filmé ça dans une vieille cabane à la sauvette. ‘était bien fendu la poire ensemble sur le tournage de Cyclone. Comme ça avec vous deux ça fera deux noms vendeurs à mettre sur l’affiche. Cette fois-ci, c’est moi qui produit tout, pas de producteur casse-pied sur le dos, ce sera un tournage à la bonne franquette. On va faire ça avant les vacances de Noël… T’inquiète, en dix jours je te parie que j’aurais produit, écrit, tourné et monté le bouzin, et j’te promets la VHS du filmée au pied du sapin . Allez, à la semaine prochaine, Sybil !”

Un générique au titre “conanesque” avec les sempiternels crédits fantaisistes pouêt-pouêt turbolol que Fred met dans tous ses films. Un humour pachydermique et gentiment potache (la Fred Olen Ray’s touch) qui ne fait pas du film une parodie, mais plutôt une comédie d’aventure teintée d’horreur, d’heroic-fantasy et de SF de premiers bazar degré sonré, ass mauvais goût.

Quelques jours plus tard, Griffith Park, Los Angeles

Fred Olen Ray, caressant son chien Duffy : “Oh mais oui! C’est un bon pépère! Oh mais oui! C’est le toutou à son papa!”

Gary Graver, chef op’ de tous les films de Fred (quand il n’est pas occupé à réaliser un porno): “Euh, t’es prêt, Fred ? On n’attend plus que toi…”

Fred Olen Ray: “Règle numéro un, Gary : toujours mettre ses acteurs à l’aise et detendus du gland avant une price… Surtout qu’en matière de gland, tu t’y connais, pas vrai Gary ? Ha ha, pouêt-pouêt ! Alors, les amis, ça gaze ? Bon, je vous explique un peu le topo. Là, ce qu’on va faire, c’est la scène d’intro. J’ai donné rendez-vous aux acteurs principaux à Bronson Canyon, je pars les rejoindre après manger. Le film qu’on va tourner s’appelle The Phantom Empire, c’est le titre d’un serial des années 30 avec un cowboy chantant qui combat des aspirants-maîtres du monde dans la cité de Mu entre deux shows radios. Pour le scénar, je me suis inspiré d’un film mexicain des 60’s appelé Aventura Al Centro de la Tierraune chouette bisserie d’Alfredo B. Crevenna qui raconte l’agression d’un couple de touristes par un homme-chauve-souris venu du center de la Terre, un center de la Terre peuplé par un cyclope en mousse, une araignée géante en caoutchouc et par des stock-shots de dinosaures chipés à L’île inconnue de Jack Bernhard. Dans notre film en revanche, le center de la Terre sera rempli de stock-shots de La planète des dinosaures et ce sera un Morlock qui attaquera le couple et son chien en train de pique-niquer dans un jardin public.”

Un intermittent du spectacle interroge alors: “Euh, c’est ça mon déguisement ?”

Fred Olen Ray: “Ouais, c’est un des masques d’Halloween que j’ai piqués à mon fils. Et le vieux sac poubelle déchiré, c’est ton costume. Alors, voilà le schmilblick: d’abord, le” craignos monster arrive en grognant en vision subjective (c’est ringard mais ça plaira aux fans de Vendredi 13), Victoria, toi tu hurles, et toi Michael tu voles à son secours. Et alors là, scène-choc : le Morlock en papier-mâché t’arrache la tête ! Une tête de mannequin, j’te rassure. Et toi, tu continues d’agiter les bras en cherchant ta tête tandis que les flots de sang gicalent de ton col. De quoi traumatiser les âmes sensibles!”

Gary Graver: “Ou nanardiser d’emblée ton film.”

Fred Olen Ray: “Hé hé hé, ouais, aussi!…”


Un film pas price de tête.

December 1987, Bronson Canyon

Fred Olen Ray: “Salut les amis ! Alors, ça baigne ?”

Toute la fine équipe : “Saaaaluuut Freeeeed!”

Fred Olen Ray: “Alors, prêts pour la rigolade?”

Tous en chœur : “Ouiiiiiiiiiiii!”

Fred Olen Ray: 27 pages, alors n’hésitez pas à improviser en disant ce qui vous passe par la tête et n’oubliez pas de faire des blagues nazes, parce que l’humour naze c’est ma marque de fabrique. un peu chiant pour le spectateur mais on se rattrapera avec la suite.”

Un petit hommage au film noir, comme Fred aime en caser de temps en temps dans ses oeuvres (“Hollywood Chainsaw Hookers”, “Armed Response”…).

Russ Tamblyn (“West Side Story”, mais aussi “Satan’s Sadists”, “Dracula contre Frankenstein”) en roue libre.

Ladies and gentlemen, le quart d’heure remplissage !

Heureusement, Dawn Wildsmith (qui a pour une fois épargné à sa chevelure ses outrages habituels) fait le show pour nous aider à patienter.

Une fois que les acteurs ont bien pipletté en déambulant mollement dans la campagne…

Fred Olen Ray: “Bon, les amis, la partie navet est terminée, place à la partie nanar ! C’est la qu’entre en scène Michelle dans le rôle de la gentille femme des cavernes muette qui va servir de Lassie chien fidèle à nos aventuriers-spéléologues, et de love interest à Jeffrey! Pour ton entrée en scène, Michelle, tu es poursuivie par un Morlock dans la galerie souterraine. Ca tourne !… Euh, qu’est-ce que tu fais, Michelle ?”

Michelle Bauer: “J’imite le comportement des petits singes. J’ai regardé un documentaire à la télé avant de venir.”

Fred Olen Ray: “Tu veux dire que tu t’es préparée pour ton rôle ?! Oooh, mais fallait pas, Michelle! T’es vraiment un amour…”

Susan Stocky: “Et moi, je fais quoi?”

Fred Olen Ray: “Toi, Suzy, tu es kidnappée par les mutants cannibales qui te mettent en sous-vêtements pour te faire cuire à la broche en te badigeonnant les fesses avec de la sauce barbecue dégoulinante.”

Susan Stocky: “Eeeuuuh, je suis vraiment obligée, Fred?”

Fred Olen Ray: “Alleeeeez, Suzy, ça va être rigolo. Et après, j’te paye une glace, promis.”

Susan Stocky: “Bon, d’accord, mais c’est bien parce que c’est toi. Sacré Fred, va!”

Fred Olen Ray: “Bon, alors là les amis, vous êtes attaqués par Robby le robot qui, heu… qui fait des trucs dans sa grotte et qui, en vous voyant arriver, se met à tirer sur vous à coups de rayons laser qui font” piou-piou!”. Attention de ne pas l’abîmer, je l’ai loué pour 50 dollars à la MGM.”

Ross Hagen: “Euh, Fred, pourquoi Robby le robot vivrait tout seul dans une caverne au center de la Terre?”

Fred Olen Ray: “Parce que! C’est de la science-fiction, pas besoin de justification logique. Et puis on n’aura qu’à dire qu’il vient de l’espace, comme Sybil. Michelle, j’aurais besoin de tes talents pour la scène suivante…”

Michelle Bauer: “Qu’est-ce que je suis censée faire, Fred?”

Fred Olen Ray: “Tu as un cat-fight avec une méchante Amazone et vous vous arrachez les sous-tifs durant votre crépage de chignons. Du coup, tu te trimballeras les nihons à l’air pendant tout le reste du métrage.”

Michelle Bauer: “Okay, Fred!”

Fred Olen Ray: “Je t’adore, Michelle !”

Dawn Wildsmith: “Et moi, qu’est-ce que j’branle dans tout ce bordel?”

Fred Olen Ray: “Toi, ma douce colombe, tu es toi-même, c’est à dire la dure à cuir qui se chamaille avec Suzy l’empotée.”

Susan Stocky: “Et pourquoi c’est moi qui joue la gourdasse écervelée et chochotte de service?”

Fred Olen Ray: “Râle pas, Suzy ! T’as déjà joué la dure à cuire de Star Slammer : La prison des étoiles. Chacune son tour, quoi !”

De l’action haletante !

Des Craignos Monsters qu’on voit même les trous pour les yeux!

Des femmes des cavernes qui ont l’air de revenir d’une réunion Tupperware le matin même et affublées de bikinis en peaux de bêtes!

Un (stock-shot de) volcan en éruption !

Un (pas stock-shot de) volcan en carton !

Un cat-fight d’une sauvagerie inouïe !

Robby le robot en guest-star de luxe !

Robby est terrassé par des éclairs en dessin anime.

Cher lecteur, parviendras-tu à deviner le secret de ce trucage ?

Fred Olen Ray: “Sybil, ça va être à toi, maintenant.”

Sybil Danning: “Je suis prête, maestro !”

Fred Olen Ray: “D’abord Sybil, tu entres en scène tout en majesté, en laissant le temps au public de bien admirer t… heu, ton costume. Puis, tu mets une raclée à ce macho de Ross Hagen qui a osé te manquer de respect. Bon, je sais que ton agent a dit qu’on ne devait pas montrer tes nichons dans ce film-ci, mais avec ton costume, je garantis rien pendant la baston…”

Sybil Danning: “Pas grave, Fred. Après Hurlement 2je suis plus à ça près.”

Fred Olen Ray: “Et ensuite, comme c’est toi la reine du Monde perdu et que tu es comme la fusion de Conan le barbare et de Xena la guerrière, tu affrontes un stock-shot de T-Rex à toi toute seule, armée de la lance” de Max Thayer, c’est la classe, non ?”

Attention, Sybil arrive, la température va monter brutalement… [A noter que le véhicule est celui de la série “L’âge de cristal”, avec un spoiler à l’arrière et des aérations sur les côtés, histoire de faire plus à la Fast and Furious. Un grand merci à Cyborg pour avoir repéré la récup’ !]

Y a pas à dire, les costumes de Sybil laissent toujours une place restreinte à l’imagination.

Le matériel promotionnel met bien en avant les atouts de notre Autrichienne préférée.

Sybil ramasse une lance qui traînait pile à cet endroit. Au point ou on en est…

Bon boulot, Sybil !

Jeffrey Combs: “Et moi, je sers à quoi, Fred ?”

Fred Olen Ray: “Toi, Jeff, t’es le beau gosse qui les tombe toutes, tu te fais draguer sec par Suzy, pincer amoureusement la joue par Dawn, lécher comme un toutou par Michelle, et Sybil te fait une branlette sur une machine de SM futuriste l’espace, même qu’au premier regard elle veut faire de toi le roi de sa planète tellement t’es irrésistible.”

Jeffrey Combs: “Ca me plaît ce rôle, Fred.”

Fred Olen Ray: “Les autres, pour échapper à Sybil et ses Amazones, vous fuyez dans le désert et vous faites semblant d’avoir peur des stock-shots de La planète des dinosaures et d’une maquette de volcan en carton. J’ai apporté une provision de clopes, on va fumer comme des pompiers sous la caméra pour simuler l’éruption. Et vous êtes tous poursuivis tout du long par Sybil, qui vous traque à elle toute seule avec son épée en plastique. Allez, en piste, les enfants!”

“Oh ! Regarde, des stock-shots de dinosaures en stop-motion !”

“Doux Jésus! Ces dinosaures en pâte à modeler étaient pourtant éteints depuis les années 70!”

Jeffrey Combs (“Re-Animator”, “From Beyond”, mais aussi “Sharkman”, “Robot Jox” et “Mutronics”), aussi irrésistible qu’Aldo Maccione. Sale veinard, va…

“Oh oui, Sybil ! Laisse-moi être ton vibromasseur intergalactique !”

Voilà à peu de choses près comment s’est déroulé le tournage-éclair (six jours au total !) de The Phantom Empire, petite friandise très carton-pâte et bien Z d’un Fred Olen Ray moins cynique et plus impliqué que sur d’autres de ses œuvres. L’homme rend ici un hommage qu’on sent sincère au cinéma d’aventure et de SF ayant bercé son enfance, et emprunte des ingrédients à HG Wells, Jules Verne, HP Lovecraft, Edgar Rice Burroughs et au Planete Interdite de Fred McLeod Wilcox dans une accumulation portenawak assez réjouissante. Dommage que, passé une intro hilarante, le film souffre d’un gros passage à vide bavard avant de repartir enfin dans son délire outrageusement bisseux durant les trois derniers quarts d’heure. On n’est quand même pas loin du “home made movie” fait avec la petite bande de potes pour le fun dans un coin de campagne, ce qui rend le film très sympathique et attachant.

Ca et le costume de Sybil…

1 thought on “The Phantom Empire”

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