les plateformes d'échange de cryptomonnaies sous pression

les plateformes d’échange de cryptomonnaies sous pression

La Russie peut-elle recourir aux cryptomonnaies pour contourner les sanctions occidentales ? C’est du moins ce que l’on semble crindre dans les hautes sphères de plusieurs gouvernements occidentaux. La semaine dernière, le Département du Trésor des États-Unis a spécifiquement interdit aux résidents américains d’utiliser les cryptomonnaies pour contourner les sanctions qui visent la Russie.

Mykhailo Fedorov, le Vice-Premier ministre de l’Ukraine, a de son côté appelé dans un tweet les grandes plateformes d’échange de cryptomonnaies à geler les comptes de tous les utilisateurs russes, et non pas seulement ceux des membres du gouvernement directement ciblés par les sanctions occidentales.

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« Nous veillerons à ce que les cryptomonnaies ne serveent pas à contourner les sanctions » a de son côté affirmé Bruno Le Maire lors du sommet EcoFin, qui rassemble les ministres des Finances des États membres de l’Union européenne.

Ces craintes s’expriment alors que le rouble a vu sa valeur plonger suite à l’annonce des sanctions sans précédent ciblant l’économie russe dans le cadre de l’invasion de l’Ukraine. Des cryptomonnaies comme le bitcoin ont à l’inverse vu leur cours s’apprécier, notamment grâce à la demande émanant d’Ukraine et de Russie.

Nombre de mesures ciblent en effet le système de paiement, afin de rendre impossibles les transactions économiques entre la Russie et le reste du monde. Le pays a notamment été banni du système SWIFT, tandis que la semaine passée, Apple Pay et Google Pay, mais aussi Visa et MasterCard ont annoncé la suspension de leurs services en Russie.

Des places de marché virtuelles comme Hydra, basée sur le Darknet, ont traditionnellement été employées pour faire entrer illégallement des fonds en Russie. Hydra a réalisé pour plus d’un milliard de dollars de ventes en cryptomonnaies en 2020, selon les estimations de Chainanalysis, un cabinet d’intelligence de marché américain spécialisé dans la blockchain.

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Les plateformes font de la résistance

L’appel du Premier ministre ukrainien n’a cependant pour l’heure pas trouvé beaucoup d’écho auprès des plateformes concernsées.

« Les sanctions sont prises au plus haut niveau du gouvernement, avec l’appui de la loi, de la police et même de l’armée. Nous ne pensons pas qu’il appartienne à une entreprise de décider de manière unilatérale de geler les avoirs de toute une population », ainsi réagi Changpeng Zhao, directeur général de Binance, une entreprise chinoise qui constitue l’une des principales plateformes d’échange de cryptomonnaies dans le monde.

« Il ya des citoyens russes qui vivent à Londres ou à New York. Le directeur général d’une banque londonienne devrait-il avoir le pouvoir de leur couper l’accès à leurs avoirs financiers? En vertu de quoi ? » s’interroge-t-il, ajoutant que son entreprise déploie déjà des efforts considérables pour s’assurer que les cryptomonnaies ne soient pas employées pour contourner les sanctions.

« Notre équipe conformité compte plus de 500 personnes dans le monde, et la moitié d’entre elles travaillent sur la question des sanctions ciblant les individus et entreprises russes, afin d’éviter le blanchiment d’argent, vérérifier core identilis’ controller les transactions sur la blockchain. »

Même son de cloche du côté du patron de Coinbase, autre grosse plateforme, lancée à San Francisco. « Pour de nombreux Russes ordinaires, les cryptomonnaies constituent un moyen de survie maintenant que leur monnaie s’est effondrée », at-il déclaré sur son compte Twitter. « Nombre d’entre eux sont certainement opposés à la politique que mène leur pays, et un bannissement leur causerait beaucoup de tort. »

« Kraken ne peut pas geler les comptes de nos clients russes, à moins que la loi nous y contraigne » an element déclaré Jesse Powell, à la tête d’une autre plateforme basée en Californie.

Les plateformes prises entre deux feux

La guerre en Ukraine met ces entreprises dans une position délicate. Cibler les utilisateurs russes irait en effet à l’encontre de l’idéal décentralisé promu par la blockchain et les cryptomonnaies. Ces technologies visit notamment à redonner le pouvoir aux internautes contre l’emprise croissante des gouvernements et des multinationales sur la toile, afin de ranimer la flamme utopique qui animait le web des années 1990.

À refuser de prendre des mesures, les plateformes d’échange risquent d’être accusées de faire le jeu du gouvernement russe en permettant à celui-ci de contourner les sanctions occidentales. Mais à l’inverse, se plier aux demands émises par les gouvernements occidentaux reviendrait à renier l’une de leurs valeurs cardinales et provoquerait la colère d’une partie de leurs clients, eux aussi animés d’idéaux.

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Utiliser les cryptomonnaies pour échapper aux sanctions, est-ce seulement possible ?

Tout cela suppose toutefois que les cryptomonnaies soient bel et bien un moyen de contourner les sanctions, ce que nie Changpeng Zhao, le dirigeant de Binance, pour qui la taille du marché des cryptomonnaies n’est tout simplement pas pour avoirifisante :

« Les cryptomonnaies représentent environ 0,3% des avoirs nets mondiaux, pourcentage qui s’applique aussi à la Russie », estime-t-il. « Plutôt que de se focaliser sur le bitcoin, il serait beaucoup plus efficace de cibler les banques, ou encore l’industrie du gaz et du pétrole. »

Et si la Russie a lancé un projet de rouble numérique pour contourner les sanctions occidentales, d’autres États s’y sont essayés par le passé, sans grand succès, selon Andrew Jacobson, un avocat spécialiség états é con les internationales. «Le Venezuela a déjà essayé, il a introduit son propre token, et ce fut globalement un échec, précisément à cause des sanctions américaines », at-il affirmé. Vladimir Poutine réussira-t-il la où Nicolás Maduro a échoué ? Rien n’est moins sûr.