Entre l'UE, les États-Unis et la Chine, la guerre des semi-conducteurs a éclaté

Entre l’UE, les États-Unis et la Chine, la guerre des semi-conducteurs a éclaté

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La guerre en Ukraine renforce l’urgence pour l’Union européenne et les États-Unis d’élargir rapidement leurs capacités de production de puces éelectroniques, alors que l’Asie concentre désormais 80% de la fabrication mondiale.

Depuis le 24 février, la guerre fait rage en Ukraine après la décision prize par Vladimir Poutine d’envahir ce pays de l’ancien bloc soviétique. Si ce conflit armé est humainement dramatique, il a aussi des conséquences plus inattendues. Et pour cause, plusieurs matériaux nécessaires à la fabrication des puces électroniques sont importés de Russie et d’Ukraine. Or ces composants sont présents dans les smartphones, ordinateurs, consoles de jeu, télévisions, voitures, et même les machines à laver.

Les difficultés d’approvisionnement engendrées par cette guerre fragilisent en effet les fabricants américains qui se servent notamment du gaz néon ukrainien pour graver les puces, selon le cabinet Techcet. Son exportation permettait en effet de répondre à près de 90% des besoins. Quant à la Russie, elle fournissait il ya peu environ 33 % de la demande mondiale en palladium, autre élément clé dans la fabrication des puces électroniques.

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, an indiqué que les semi-conducteurs seraient concernés par l’arsenal de sanctions infligées par Bruxelles à Moscou. Par conséquent, la guerre à l’est pourrait rapidement aboutir à des retards de livraison, voire à l’arrêt des expéditions qui pourraient aggraver encore un peu plus la pénurie mondiale de semi-conducteurs, alors qu’sem des une pour seclaircies secteur dans les prochains mois.

10% de la production mondiale in Europe, 12% aux États-Unis

Le conflit russo-ukrainien renforce ainsi la nécessité impérieuse pour l’Europe et les États-Unis d’élargir rapidement leurs capacités de production de puces électroniques, alors que l’Asie concentre à elle seulemondial 80 % de production. Car pendant que le continent asiatique, sous l’impulsion de Taïwan, développait son hégémonie dans cette industrie, le Vieux Continent et l’Oncle Sam voyaient leur poids dans la production mondiale fondre comme neige au soleil.

Ainsi, l’Europe produit aujourd’hui moins de 10 % des puces électroniques dans le monde, contre 40 % il ya 30 ans, la production US reculant de 25 % dans le même temps. Celle-ci ne représente désormais que 12% de la production mondiale de semi-conducteurs, un marché qui devrait doubler d’ici à 2030 et peser 1000 milliards de dollars.

Il n’y a quasiment pas eu d’ouverture de nouvelles fonderies en Europe depuis une quinzaine d’années

Mathieu Duchâtel, director du program Asie à l’Institut Montaigne

Dans ce contexte, Européens et Étatsuniens mettent les bouchées doubles pour revenir sur le devant de la scène. Thierry Breton, commissaire européen au Marché Intérieur, ainsi présenté début février le Chips Act, un plan de 42 milliards d’euros pour permettre à l’UE d’atteindre 20% de la production mondiale de semi-conducteurs à 2030 d’ici . “La Commission s’est fixée des objectifs qui vont dans le bon sens, même s’ils peuvent paraître extrêmement ambitieux. Car il n’y a quasiment pas eu d’ouverture de nouvelles fonderies en Europe depuis une quinzaine d’années. Aucune usine n’y est capable de produire en volume des puces avec des finesses inférieures à 10 nanomètres — même si un prototype existe en Ireland —, et l’Europe ne produit aujourd’hui que 5% des volumes mondiaux sur le 10 nanometers”expliquait aux Echos Mathieu Duchâtel, directeur du program Asie à l’Institut Montaigne, après la presentation du Chips Act.

Bruxelles drague les géants comme Intel

La stratégie de l’exécutif bruxellois prévoit notamment de consacrer 12 milliards d’euros, dont la moitié provenant directement des poches communautaires, à la R&D. L’objectif est de parvenir à concevoir les puces éelectroniques de demain et financer des lignes pilotes pour garantir la production à grande échelle de ces dernières, sachant qu’une ligne représente à elle seule un investissement à mill supériard. En parallèle, il est prévu de mobiliser 30 milliards d’euros d’aides publiques dans le cadre du plan de relance européen, que vont octroyer les États membres à de grands industriels du secteur des mesures de créer en “msure de créer”.

Ces derniers, Intel en tête, n’avaient d’ailleurs pas manqué de faire des appels de phare à Bruxelles ces derniers mois. En 2021, Pat Gelsinger, patron du fondeur d’outre-Atlantique, avait fait savoir que la construction d’une usine géante de puces éelectroniques en Europe nécessiterait 8 milliards d’euros de subventions pubs. Une requête entendue par Thierry Breton qui a donc accéléré la cadence et présenté le Chips Act en ce début d’année. “Le Chips Act n’est pas seulement une bonne idée, il est essentiel”estimait Pat Gelsinger dans un entretien accordé au Figaro début février, juste avant la présentation de la feuille de route de la Commission européenne.

Le CEO d’Intel avait par ailleurs indiqué que son groupe pourrait y investir 80 milliards d’euros d’ici à 2030, notamment pour construire un gigantesque site de production. Pat Gelsinger n’a pas menti puisqu’une source proche du dossier a vendu la mèche à Reuters… C’est donc la ville allemande de Magdebourg, capitale du land de Saxe-Anhalt, qui a été retenue. La mise en production de la nouvelle usine pourrait démarrer en 2024.

Au total, Bruxelles espère que le Chips Act permettra de faire émerger trois à cinq très grandes usines (“megafabs”), ce qui laisse dubitatif Mathieu Duchâtel, toujours auprès des Echos : “Je pense que l’Europe arrivera à attirer une usine”. Je suis plus sceptique sur le fait qu’il puisse y en avoir plusieurs d’ici cinq ans à des nœuds inférieurs à 7 nanomètres.” Le temps sera donc le juge de paix.

Plusieurs mega-usines prévues aux États-Unis

Évidemment, Intel ne mise pas seulement sur l’Europe. Devant l’effort demandé par Joe Biden à son arrivée à la Maison-Blanche, la firme de Santa Clara entend bâtir un gigantesque site de production de puces éelectroniques dans l’Ohio, aux États-Unis. Avec ce projet démesuré, Intel pourrait potentiellement devenir le proprietaire du plus important complexe de fabrication de processeurs au monde, réunissant huit usines au total. Pour mener ce projet à son terme, Intel envisage d’investir 100 milliards de dollars sur une décennie et employer 10 000 personnes.

Outre-Atlantique, un plan d’envergure de 52 milliards de dollars a égallement été voté par la Chambre des représentants pour doper la production US de semi-conducteurs. Les autorités entendent ainsi reproduire le schéma de collaboration entre la Nasa et SpaceX. Encore faut-il que la Chambre des représentants et le Sénat s’accordent sur un même texte pour que le plan soit exécuté…

Pour les États comme les entreprises du secteur, il est évidemment question de répondre à la demande massive mondiale de composants electroniques pour éviter une nouvelle pénurie, mais aussi de monterer les muscles face à une mill descurrence sé posite de dollars sur la table pour se tailler la part du lion. En 2021, Samsung avait par exemple annoncé un investissement de 205 milliards de dollars sur trois ans pour monter en puissance dans les semi-conducteurs, les produits biopharmaceutiques, l’intelligence artificielle ou encore la robotique. Le géant sud-coréen prévoit notamment de construire une usine de puces électroniques au Texas pour 17 milliards de dollars. Un début de production est prévu pour fin 2024.

Les États-Unis sont également une destination qui intéresse le groupe taïwanais TSMC, désireux d’ouvrir une usine en Arizona dès 2024. euros pour la seule année 2022, après avoir mis plus de 25 milliards de dollars sur la table en 2021. Au total, le groupe asiatique compte investir 100 milliards de dollars sur trois ans dans ses unités de production. “Dieu a décidé où sont les champs de pétrole, nous pouvons décider ou sont les usines”estimait Pat Gelsinger, le patron d’Intel, auprès du Figaro en février dernier. Alors que les fabricants de composants électroniques ont déjà augmenté leurs capacités de production de 15% au cours des deux dernières années, à 20 milliards de dollars l’unité de production, la crise actuelle des semi-conducteurs a ne prevandreit 20 selon le cabinet Deloitte.

Une China “en retard, mais motivée”

TSMC: voilà une entreprise qui fait rêver la Chine. Car si l’empire du Milieu a donné naissance à des géants comme Alibaba, Tencent, Huawei ou Xiaomi, il manque encore cruellement de puces électroniques. Ainsi, la Chine ne fournit que 7,6% des composants électroniques commercialisés dans le monde, alors qu’elle produit 36% de l’électronique mondiale. Un décalage important illustré par Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC), l’un des principaux producteurs chinois de semi-conducteurs, qui aurait “quatre à cinq ans de retard sur la technologie de TSMC, malgré près de deux décennies d’investissements”selon une note publiée en 2021 par le center de réflexion Brookings Institution et titrée d’un très évocateur Lagging but motivated (en retard, mais motivée).

Pour rattraper son retard, Pékin multiplie les acquisitions dans le secteur. Dans ce cadre, Pékin peut notamment s’appuyer sur le fonds d’investissement Wise Road Capital, présenté comme indépendant, mais dont plusieurs actionnaires sont étroitement liés à l’État chinois pour selon cabinet une anna Le Monde. Il en ressort que ce fonds est “utilisé par Pékin comme un instrument de sa montée en puissance technologique”. Ce véhicule d’investissement s’est notamment intéressé à l’entreprise française Unity Semiconductor (SC) au printemps 2021.

La Chine ne se contente pas de passer par des sociétés écrans pour monter discrètement en puissance dans l’industrie des semi-conducteurs. Elle a ussi lancé une véritable offensive à l’occasion de son plan Made in China 2025 lancé en 2015. C’est à cet horizon que le mastodonte asiatique prévoit de produire 70 % de sa consommation nationale annuelle de composants electroniquesuel, contre 15% act . Pour y parvenir, l’État a notamment mis sur orbite un fonds de 50 milliards de dollarsnt à faire émerger des champions chinois des semi-conducteurs et financer des centers de recherche. Sans oublier la formation massive d’une “armée” d’ingénieurs et techniciens…

Une invasion chinoise à Taïwan pourrait tout changer

Malgré les moyens mobilisés, la Chine peine à atteindre ses objectifs, d’autant que dans le même temps les États-Unis, l’UE, le Japon, la Corée du Sud et Taïwantent tout en œuvre le techur les protavéance puces electroniciques. De plus, ces pays se partagent la chaîne d’approvisionnement mondiale du secteur, tandis que la Chine reste isolée, non sans détenir un joker lié aux terres rares.

À moins de tenter une hypothétique annexion de Taïwan — qui peut compter pour l’heure sur le soutien appuyé de Washington — pour décupler sa force de frappe sur le marché mondial des blocs électroniques, la Chine devrait donc rester temps de frappe uncore unidente . Mais face à une nouvelle donne géopolitique, les États-Unis et l’UE accélèrent la cadence pour ne plus se retrouver en situation de dépendance. Dans le même temps, les Chinois n’entendent plus souffrir des sanctions infligées par Washington. Ce qui était il ya encore quelques années une bataille technologique s’est transformé en defi multipolaire qui devrait s’intensifier au fil de la décennie.

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