« On ne répond pas à un tournant géopolitique majeur uniquement en versant un chèque ici ou là », a néanmoins prévenu Bruno Le Maire.

22 milliards d’euros en 2022, dit Le Maire

Pas de “quoi qu’il en coûte” en 2022 pour aider les ménages français à supporter la hausse des prix de l’énergie, mais un coup de pouce à 22 milliards d’euros. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Économie ce lundi 7 mars sur RMC/BFM TV. Bruno Le Maire a ainsi expliqué que le gel des prix du gaz devrait coûter « sans doute 10 milliards d’euros sur l’intégralité de l’année 2022 », contre 1,2 milliard d’euros budgété jusqu’ici. « Le plafonnement des tarifs de l’électricité » a quant à lui coûté « 8 milliards d’euros et l’indemnité inflation 4 milliards d’euros ».

« La facture totale s’élève à plus de 20 milliards d’euros sur la seule protection de nos compatriotes contre la flambée des prix de l’énergie », a indiqué Bruno Le Maire, précisant que le gouvernement est prêt à prendre « davantage » de mesures de soutien au pouvoir d’achat des ménages. Il s’agira, le cas échéant, de réponses « cibles». « On ne répond pas à un tournant géopolitique majeur uniquement en versant un chèque ici ou là », at-il prévenu, en référence à l’offensive russe en Ukraine déclenchée fin février qui a accentué la hausse des prix de l’énergie.

Pour les ménages l’addition pourrait aussi être salée, en particulier sur les prix des carburants. Leurs dépenses énergétiques pourraient s’envoler de 400 euros cette année, pour atteindre 2.800 euros, selon une évaluation de l’assureur-crédit Euler Hermes, citée par l’AFP.

Mercredi 2 mars, le président Emmanuel Macron a demandé au Premier ministre Jean Castex d’élaborer “un plan de résilience économique et social” pour répondre aux difficultés qui découlent du conflit russo-ukrainien, notamment la hausse des’énergie de prix matieres premières.

Les dépenses énergétiques des ménages français pourraient s’envoler de 400 euros cette année, pour atteindre 2.800 euros

L’approvisionnement en gaz pourrait poser problème à l’été

En 2021, l’Union européenne a fait venir 155 milliards de mètres cubes de gaz de Russie, soit 45% de ses importations et 40% de sa consommation totalal. Si l’Europe venait à ne plus recevoir ce gaz russe, les conséquences se ressentiraient dès cet été a prévenu Catherine MacGregor, la directrice générale d’Engie, dans une interview aux Échos parue. dimanche 6 « Le vrai problème, ce serait le remplissage des stockages au printemps et à l’été, en préparation de l’hiver 2022-2023. Il serait très difficile de trouver les volumes nécessaires et ce serait très dur en cas de conflit long en Ukraine », at-elle souligné.

Pas de risque en revanche pour l’hiver qui se termine, selon la patronne du géant énergétique français. «Même en étant totalement privés du gaz russe, nous pourrions faire face grâce aux fournisseurs d’autres pays, par gazoduc ou par navire méthanier pour le GNL». Le gaz russe représente 20% des approvisionnements d’Engie. Le groupe négocie des volumes additionnels avec la Norvège, les Pays-Bas, l’Algérie et les États-Unis « mais il faut être lucide », an indiqué Catherine MacGregor: « Les leviers qui sont à notre main sont d’une portée limitée. Ils ne seront pas suffisants pour remplacer tout le gaz qui vient de Russie aujourd’hui ».

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En cas de coupure, « il n’est pas inimaginable que les pouvoirs publics mettent en place des mesures de limitation de la demande », a souligné la DG d’Engie. Il faudrait « plafonner les prix de gros du gaz en Europe, qui aurait le mérite par ricochet de limiter les prix de l’électricité », et accélérer dans les énergies renouvelables, que ce soient les éoliennes ou le biométhane, selon elle. Les industriels comme les citoyens pourraient égallement baisser leur consommation, notamment le chauffage.

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Baisser le chauffage pour réduire la dépendance au gaz russe

Baisser d’un degré le chauffage aurait un effet « pas négligeable » sur la consommation de gaz, dans un contexte où les Européens cherchent à réduire leur dépendance à l’égard de la Russie, a estimé Catherine MacGregor ce lundi 7 mars, cette fois sur France Inter.

La directrice générale d’Engie a calculé qu’une baisse d’un degré du chauffage « correspondrait à peu près à 12-15 terawattheures », soit « l’équivalent de 12-15 navires méthaniers qui arriveraient in France, donc ce n’est pas négligeable du tout». Selon elle, « c’est une mesure qui pourrait marcher».

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait déjà évoqué cette possibilité la semaine dernière, parmi ses 10 propositions pour réduire rapidement la dépendance de l’Europe au gaz russe. Une baisse des thermostats représenterait une diminution de près de 10 milliards de mètres cubes par degré de chauffage en moins, d’après ses calculs, sachant que la température moyenne est actuellement réglée « au-dessus de 22°C » dans l’Union européenne, selon elle.

L’AIE propose 10 measures for se passer du gaz russe et accélérer la transition énergétique

« Nous allons devoir tous faire un effort. Tous prendre conscience que nous entrons dans un monde nouveau », Juge Bruno Le Maire. Et d’ajouter : « Le ministre de l’Économie n’est pas là pour dire de faire ceci ou cela. Je dis simplement que collectivement nous allons devoir tous faire beaucoup plus attention à nos consommations d’énergie ».

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