pas de V8, de l'hybride, mais quel pied !

pas de V8, de l’hybride, mais quel pied !

Je parie qu’on se ressemble vous et moi. Si un ami – très gentil j’en conviens – vient vous proposer l’essai d’une hybrid rechargeable dont le motor thermique est un V6 biturbo de 2.9 litres, vous vous dites, comme moi, qu’Audi vient d’electrifier is redoutable RS5. Ce qui promet déjà une belle séance de sport. Mais lorsque ce copain aux airs de Père Noel en retard vous précise que ce “petit” V6 développe à lui seul 663 ch, vous comprenez tout de suite que l’auteur de cette prouesse – un record de 221 ch/litre à appartient une tout autre dimension. Et votre acolyte de se transformer en ange gardien en vous annonçant qu’avec son moteur électrique de 167 ch, cette “plug-in” dispose d’un total de 830 ch.

Le voilà qui vous tend la clé flanquée d’un Cheval Cabré. Fin de la devinette, je suis au volant de la nouvelle Ferrari 296 GTB. Un événement en soit, car le lancement d’une nouvelle berlinette n’est pas fréquent, mais qui prend une autre symbolique lorsqu’il s’agit de la première Ferrari à moteur V6 de l’histoire. Il y eut bien les Dino des années 1960, mais Enzo Ferrari lui-même préféra ne pas leur accoler le précieux cheval “maison” de peur d’écorner l’image des sportives à 12 cylindres. Erreur, car cette nouvelle 296, qui ne met pas à la retraite la F8 Tributo, fait grand honneur à son pédigrée.

Tactile moins habile

La nouvelle Ferrari 296 GTB.
La nouvelle Ferrari 296 GTB.© Ferrari

Dans un intérieur singeant celui de la récente SF90 Stradale, il faut d’abord s’habituer à une ergonomie qui tourne, comme toujours, quasi exclusive autour du volant. Cette centralisation des commandes, habituelle chez Ferrari mais peu intuitive, s’avère d’autant plus déroutante que le tactile s’invite à bord. Et si visuellement l’ensemble parait à peu près clair, il en va autrement à l’usage, avec des réponses pas toujours nettes des touches, notamment en provenance du petit pavé qui commande le grand tableau de bord numérique. Outre qu’il faut encore plus de temps pour prendre ses marques dans cette italienne, on regrette surtout que l’arrivée de surfaces sensitives noires et planes chasse les matériaux nobles et les couleurs évocatrices. Ainsi le gros bouton “Start” rouge de la F8 cède ici la place à une discrète surface “Engine Start” au center du volant.

Mais après tout, cette 296 n’est pas seulement là pour donner des cours d’ergonomie. Un coup sur la palette de droite pour enclencher la 1ere de la boîte à double embrayage et la berlinette se déplace…sans le moindre bruit. Car avec sa batterie de 7,45 kWh (dont 6 utiles) et son moteur électrique puissant, l’italienne peut effectivement parcourir une bonne vingtaine de kilomètres sans avaler la moindre goutte de sans-plomb. Déroutant dans une Ferrari, d’autant que la vitesse maximale autorisée par le bloc électrique atteint tout de même 135 km/h sur le bon mode (eDrive sur le e-Manettino). De quoi entamer notre petit périple autour de Séville dans un silence complet et dans le plus grand confort, cette 296 se montrant étonnamment souple en mode “Sport”.

Invitation au décollage

La nouvelle Ferrari 296 GTB.
La nouvelle Ferrari 296 GTB.© Ferrari

En s’enfonçant dans l’arrière-pays du Golfe de Cadix, les premiers cyclistes font vite savoir leur envie de musique. Je bascule donc le e-Manettino sur performance, afin que le V6 s’éveille et que la chaine de traction maintienne toujours de l’énergie dans la batterie pour disposer d’un maximum de puissance en permanence. Manettino sur Race, la 296 dévoile alors l’autre facette de son visage, celle d’un Mirage 2000 qu’on aurait lâché sur la route. Dans une sonorité réussie mais sans égaler la maestria du V12 atmosphérique d’une Superfast, le nouveau V6 à 120° de Maranello montre toute l’étendue de sa force. De 1 500 tr/mn – o les turbos et le moteur électrique gomment déjà tout temps de réponse – à 8 500 tr/mn, la GTB vous satellise en permanence. Plus que les accélérations brutes (0 à 100 km/h en 2,9 s, 0 à 200 km/h en 7,4 s), les reprises sont lunaires. Notamment parce que 900 Nm de couple sont disponibles ! Autant dire que sur la route, les vitesses atteintes sont ahurissantes, sans que jamais conducteurs ou passagers ne soient secoués. Comme toujours chez Ferrari, chaque rapport de boîte bénéficie de sa propre courbe de couple, afin de donner cette impression d’une puissance qui va crescendo au fil du compte-tours. Une progressivité qui manque d’ordinaire aux moteurs suralimentés. Autre bon point, le freinage, rassurant car à la fois puissant et dosable, même si l’absence de liaison “mécanique” – il s’agit d’un freinage by wire – se ressent sur les petits coups de frein en conduite de tous les jours.

La nouvelle Ferrari 296 GTB.
La nouvelle Ferrari 296 GTB.© Ferrari

Gérée à la quasi-perfection quel que soit le type de conduite, la boîte “8” répond au millimètre près au pied droit et permet de se passer totalement des palettes pourer de la précision de la 296. Pour pinailler, on peutter un regret très léger manque de consistance de la direction après les premiers angles de braquage, mais il faut de toute façon être un peu décérébré – ou avoir tout perdu au casino – pour aller chercher les limits d’adhérence sur route ouverte, tant le grip du train avant est élevé. Un peu plus lourde qu’une F8, la 296 (1 470 kg à sec annoncés par Ferrari) n’en reste pas moins équilibrée et donne donc confiance à son conducteur. Lequel doit absolument se rappeler que s’il exploite si facilement cette furie mécanique, c’est que l’électronique veille au grain. Finement calibrés, anti-patinages et ABS permettent à “monsieur-tout-le-monde” de freiner très tard et d’accélérer fort sans perdre le contrôle des 830 ch. C’est encore plus vrai sur circuit, où l’italienne peut enfiler son pack Assetto Fiorano (amortisseurs spéciaux non pilotés et allègement de 15 kg de la voiture) et des Michelin Pilot Cup 2 R spécialement conçus pour elle afin de repousser limit encore les .

Les folles capacités de cette nouvelle 296 GTB ne doivent cependant pas empêcher de garder la tête froide. Au pire, un autre garde-fou veille au grain : le prix. Hors option, il s’établit à 271 114 €, alors que les “friandises” sont souvent à quatre chiffres. Au moins le malus ne dépasse-t-il pas 900 € (149 g/km CO2), soit nettement moins que les 40 000 € d’une F8…

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