Le groupe Alvan & Ahez « immensément fier de porter la langue bretonne » à l'Eurovision [Interview] - Bretagne

Le groupe Alvan & Ahez « immensément fier de porter la langue bretonne » à l’Eurovision [Interview] – Bretagne



Vous êtes toutes les trois connues dans le monde de la musique bretonne et Alexis sur la scène electro rennaise. Vous voilà propulsés représentants de la France à l’Eurovision… Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Alexis Morvan Rosius: Fatigués mais motivés! On n’a pas encore atterri de notre nuage… On est tous les quatre d’accord pour dire qu’on a énormément de chance, on ne s’imaginait pas du tout représenter la France. On participait avant tout pour le plaisir de faire de la musique.

Votre chanson « Fulenn » et votre performance, samedi soir, ont reçu un plébiscite du jury et des téléspectateurs… De quoi faire le plein de confiance pour la suite ?

Sterenn Le Guillou : C’était déjà une victoire énorme de pouvoir être sur ce prime-là, présenter notre chanson aux téléspectateurs, au jury, au public présent. Arriver premiers dans quasiment tous les classes, c’est juste incroyable ! On plane un peu, on ne sait pas combien de temps cela va nous prendre pour réaliser ce qu’il nous arrive.

Vous n’êtes pas encore très connus du grand public, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Marine Lavigne : J’ai 24 ans et je suis étudiante en deuxième année de Master recherche espagnol à Rennes 2, et je compte devenir intermittente du spectacle bientôt.

Sterenn Le Guillou : J’ai 26 ans. J’habite à Lyon mais j’ai grandi dans la presqu’île de Crozon (29).

Sterenn Diridollou : J’ai 25 ans, je viens des Côtes-d’Armor, entre Bourbriac et Guingamp, et je travaille dans la communication dans une association culturelle et événementielle à Rennes.

Alexis Morvan Rosius : J’ai 28 ans, et je fais de la musique sous le nom d’Alvan depuis 2014. J’ai notamment assuré des premières parties de Petit Biscuit et d’Offenbach. Je suis en phase de devenir intermittent du spectacle.

À quelle occasion vous êtes-vous rencontrés et avez commencé à faire de la musique ensemble ?

Marine Lavigne : J’ai rencontré Sterenn Le Guillou quand j’étais en sixième au collège Diwan de Quimper, elle était en cinquième et on a commencé à chanter ensemble à ce moment-là.

Sterenn Le Guillou : Au collège, on a eu l’occasion toutes les deux de participer à un club de kan ha diskan (une technique de chant à danser a cappella en breton, NDLR). Louise Ebrel, cette grande chanteuse de la scène bretonne, est venue toutes les semaines pour nous entraîner. C’est elle qui nous a poussées sur les plansches de nos premiers fest-noz.

Sterenn Diridollou : J’ai fait la connaissance des filles au lycée Diwan de Carhaix (29), et on est montées sur la scène de notre premier fest-noz ensemble, à Pédernec (22), en 2018. Il ya un peu plus d ‘un an, j’ai intégré le groupe Eben où Marine et Sterenn étaient déjà présentes.

Et comment Alexis s’est intégré à votre trio pour former le groupe Alvan & Ahez ?

Alexis Morvan Rosius : J’ai rencontré Marine dans un bar à Rennes, l’été dernier. On a sympathisé et vite parlé musique. C’était un peu fou parce que, trois semaines plus tôt, j’avais commencé à travailler sur un morceau avec des chants traditionnels bretons. J’ai fait écouter le morceau à Marine, une semaine après notre rencontre. Elle a kiffé ! Les Sterenn sont arrivées et tout s’est enchaîné hyper vite. Marine a écrit les textes, les filles ont enregistré leur voix. J’ai moi-même appris les paroles de cette chanson en breton, alors que je ne savais dire que « Yec’ head mat » !

De quelle manière vous êtes-vous retrouvés candidats pour représenter la France à l’Eurovision ?

Alexis Morvan Rosius : On avait enregistré une première version que j’ai fait écouter à mon manager. Il m’a dit : « Ça déchire ». Il a ensuite vu une publicité pour postuler à l’Eurovision et il nous a proposé l’idée. On lui a répondu « let’s go » et on y est allé à fond !

Vous n’êtes donc pas un groupe monté de toutes pièces pour participer au concours. Quelle est la relation entre vous ?

Marine Lavigne : Le travail d’Alexis m’a d’abord plu par son mélange de différents univers musicaux. Il vient de la scène electro mais est très influencé par les groupes de rock. Sa touche personnelle, c’est le ukulélé. On en retrouve dans « Fulenn », accompagné de notes de didgeridoo. Ce sont des instruments qui ne s’associent pas généralement à la musique bretonne. « Fulenn » n’est d’ailleurs pas un titre de musique traditionnelle, bien au contraire ! Humainement, on se ressemble sur beaucoup de points : on est des artists perfectionnistes, sensibles. Tout s’est fait de manière très naturelle, ce n’est pas du tout une rencontre artificielle, elle fonctionne très bien d’un point de vue musical et humain.

Pour les non bretonnants, quelle est la signification des paroles de votre chanson, que beaucoup disent très engagees ?

Marine Lavigne : « Fulenn », ça veut dire « étincelle » et « jolie fille ». C’est un mot breton parfois perçu comme péjoratif pour qualifier des femmes, dans un vocabulaire très sexiste, de « fille légère ». On voulait détourner cette image et en faire une figure puissante et émancipatrice. « Fulenn » raconte l’histoire d’une jeune fille qui danse à la nuit tombée et qui emporte tout le monde avec elle, en rejetant les regards médisants et en en faisant une force.

Vos tenues ont particulièrement attiré l’œil, comment les avez-vous choisies ?

Alexis Morvan Rosius : On sait que la styliste de l’émission a crapahuté dans les musées pour trouver des broderies, jusqu’au dernier moment. Elle nous a proposé ces broderie magnifiques, qu’on a mises sur nos vêtements.

Sterenn Le Guillou : On a fait travailler nos neurones pour réussir à trouver une image de tenue qui puisse être forte, correspondre à l’univers de la chanson et nous aller à tous les quatre. Les broderie bretonnes nous ont semblé un bon compromis, très chic et joli, travaillé et sobre. Pour les tenues qu’on portera pour l’Eurovision, on verra !

Que cela représente-t-il pour vous de chanter en breton devant toute l’Europe ?

Marine Lavigne : On est très heureux de marcher dans les pas de Dan Ar Braz qui a représenté la France en 1996 avec une chanson en breton, égallement. Pour nous, c’est aussi une immense fierté de pouvoir porter notre langue maternelle au-devant de la scène. Pour montrer cette diversité culturelle européenne, qu’on a tendance à oublier. Voir qu’au moins une langue régionale sera représentée à Turin est un grand honneur.

Marine Lavigne : Faire mieux que Barbara Pravi, ça voudrait dire gagner… On va donner le meilleur de nous-mêmes, rester dans la même dynamique que depuis le début. Et garder, malgré le tourbillon dans lequel on est, notre simplicité, notre authenticité et notre amour de la musique, car on sait d’où on vient. Il s’agira de se faire plaisir et de pouvoir offrir quelque chose dont on est très fiers.

Un message particulier à transmettre en ces temps sombres de guerre en Ukraine ?

Sterenn Le Guillou : Par rapport au contexte compliqué du moment, on considère que la musique est un message de paix, d’universalité. C’est aussi pour cela qu’on en fait, pour transmettre ces belles valeurs.

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