quand la coopération spatiale se brise sur la guerre en Ukraine

quand la coopération spatiale se brise sur la guerre en Ukraine

Le 24 février, Dmitri Rogozine, le bouillant patron de Roscosmos, l’agence spatiale russe, a lancé quelques ogives sur Twitter au moment l’armée de son pays commençait à faire de même sur le terrain. « Si vous bloquez toute coopération avec nous, qui sauvera l’ISS d’une desorbitation et d’une chute sur les États-Unis ou sur l’Europe ? » Provocante, l’interpellation fait référence au partage des rôles dans la station. Les Russes corrigent régulièrement la trajectoire de l’ISSgrâce à la poussée de leurs vaisseaux qui s’y arriment (Progress et Soyouz…

Le 24 février, Dmitri Rogozine, le bouillant patron de Roscosmos, l’agence spatiale russe, a lancé quelques ogives sur Twitter au moment l’armée de son pays commençait à faire de même sur le terrain. « Si vous bloquez toute coopération avec nous, qui sauvera l’ISS d’une desorbitation et d’une chute sur les États-Unis ou sur l’Europe ? » Provocante, l’interpellation fait référence au partage des rôles dans la station. Les Russes corrigent régulièrement la trajectoire de l’ISS grâce à la poussée de leurs vaisseaux qui s’y arriment (Progress et Soyouz). Sans cette manœuvre à quelque 400 kilomètres d’altitude, elle perdrait de l’altitude et finirait par rentrer dans l’atmosphère et s’y abîmer. « Il serait très difficile pour nous d’opérer seuls », concède Kathy Lueders, la directrice des vols habités au sein de la NASA, l’agence spatiale americaine.

Si le partenariat international n’en est pas à ce point de rupture, on peut légitimement s’interroger sur la suite des évènements. Fruit d’une entente entre les États-Unis, le Canada, le Japon, l’Europe via son agence spatiale (l’ESA) et la Russie, l’ISS comprend un imposant segment russe, fabriqué, assemblé et exploité sous l’ égide de Roscosmos. Il arrive en fin de vie. Avant même le début de la crise ukrainienne, les Russes réfléchissaient à quitter l’ISS à partir de 2025 alors que leurs partenaires souhaitent prolonger le bail jusqu’à 2030.

En attendant, la-haut, il faut bien s’entendre

En attendant, la-haut, il faut bien s’entendre. L’équipage de l’expédition 66 actuellement en orbite est composé de quatre Américains, deux Russes et un Allemand, Matthias Maurer, pour le compte de l’ESA. « Les équipes se parlent toujours », assure la NASA. Mais Roscosmos a interrompu des expériences scientifiques communes à la Russie et à l’Allemagne. Jusqu’à ce jour, l’ISS restait le symbole de la concorde est-ouest après quarante ans de guerre froide. Concorde qui avait toujours perduré dans l’espace depuis les années 1990, meme dans les pires moments de tension géopolitique.

Arianespace perd le lanceur Soyouz

La guerre en Ukraine aussi des répercussions sur le plancher des vaches, celui du Center spatial guyanais (CSG), étiré entre Kourou et Sinnamary. Moins connu en France que les pas de tir de Kourou d’où décollent les fusées Ariane et Vega, celui de Sinnamary, à une vingtaine de kilomètres, est réservé au lanceur Soyouz. L’inusable fusée russe complète la panoplie d’Arianespace depuis son premier tir, le 21 October 2011. Complétait. Le 4 mars, un communiqué de la société française confirmait “la décision unilatérale de Roscosmos de sequel to CSG and de suspendre les lancements Soyouz depuis le port spatial de l’Europe”.

Pour la place d’Arianespace sur l’échiquier hyper-concurrentiel des lancements de satellites scientifiques et commerciaux, le coup est rude. Avoir guidé de main de maître le télescope spatial James Webb vers sa destination le jour de Noël ne suffit pas à remplir les obligations qui procèdent du carnet de commandes. Il faut des lanceurs multitâches pour tenir la cadence. C’est Soyouz qui a ainsi envoyé en orbite la majorité des satellites de la constellation Galileo, le concurrent européen du GPS américain. Son déploiement n’est pas terminé.

Une semblable impasse se dessine pour la constellation de satellites de télécommunication OneWeb, qui doit fournir un service de couverture Internet sur le modèle du Starlink de SpaceX, la société américaine d’Elon Musk. Opérés par Starsem, une société à capitaux européens (Arianespace et ArianeGroup) et russes, les lanceurs Soyouz ont emporté plus de quatre cents satellites OneWeb depuis les ports spatiaux de Guyane, de Baïkonour (Kazakhstanie et) . Le dernier envoi est tout frais. Le 10 février, Soyouz a réussi sa 27e mission depuis Sinnamary en deposant en orbite 34 nouveaux robots de la constellation.

Deux cents satellites OneWeb attendent leur tour

Comme pour Galileo, les travaux ne sont pas terminés. Deux cents satellites OneWeb attendent leur tour. Trente-six d’entre eux auraient dû partir le 5 mars sous la coiffe d’un Soyouz à Baïkonour. Dmitri Rogozine, toujours lui, en a décidé autrement. Le patron de Roscosmos an exigé que l’État britannique se retired du capital de OneWeb, dont il détient plus de 17%. Londres a refusé. Soyouz n’a pas allumé les moteurs.

La catastrophe industrielle pour ExoMars

Sur le registre de l’exploration spatiale, c’est une véritable catastrophe industrielle qui point pour l’ESA. ExoMars, l’une des missions européennes les plus ambitieuses, est encalminée. Développé avec Roscosmos, son premier volet a été exécuté en 2016.

Aujourd’hui, le malheureux rover n’a plus ni véhicule pour le transit vers Mars

Le satellite Trace Gas Orbiter, chargé d’étudier l’atmosphère de Mars, a été propulsé vers la planète rouge à bord d’une fusée russe Proton. Un atterrisseur expérimental, Schiaparelli, l’accompagnait. Il s’est écrasé au sol.

Le rover Rosalind Franklin de la mission ExoMars de l'ESA, ici sur sa plateforme dans les locaux de Thales Alenia Space, à Cannes, en 2020.

Le rover Rosalind Franklin de la mission ExoMars de l’ESA, ici sur sa plateforme dans les locaux de Thales Alenia Space, à Cannes, en 2020.

Thales Alenia Space

Après moult retards, le second étage d’ExoMars devait enfin sortir de l’ombre cette année. Un autre lanceur Proton était programmé pour emporter le rover européen Rosalind Franklin, conçu pour forer le sol martien à deux mètres de profondeur et analyser les échantillons recueillis. Sa descente en (relative) douceur reposait sur l’efficience du module russe d’attterrissage Kazatchok. Aujourd’hui, le malheureux rover n’a plus ni véhicule pour le transit vers Mars, ni atterrisseur. « Un lancement en 2022 est très improbable », admet l’ESA avec un sens aigu de l’euphémisme. Quittera-t-il un jour la Terre ?

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