vers une recapitalisation de l'Etat de 2 milliards

vers une recapitalisation de l’Etat de 2 milliards

À moins de deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, c’est un sujet extrêmement sensible pour le presque candidat Emmanuel Macron, qui doit composer avec une flambée historique des prix de l’énergie. Et pour cause, alors que le chef de l’Etat an annoncé la semaine dernière son intention de construire six réacteurs EPR sur le sol français, plus huit posés en option sur le long terme, la situation financière d’EDF interroge sur ré capacite à release ce « chantier du siècle ».

Car malgré cette commande colossale, le groupe traverse une période doulouureuse, à la suite d’un enchaînement de mauvaises nouvelles. Le fournisseur historique subit notamment la décision de l’exécutif d’augmenter le volume d’électricité qu’il devra vendre à prix cassé à ses concurrents en 2022 afin de plafonner les factures des Français. Surtout, il se trouve confronté à une chute sans précédent du niveau de disponibilité de son parc nucléaire, du fait d’un défaut de corrosion identifié dans plusieurs installations, et dont les causes restent inconnues. De quoi renforcer ses difficultés à emprunter sur les marchés, après que Fitch a abaissé d’un cran sa note de crédit, et que Moody’s l’a placé sur une perspective négative.

Face à cette mauvaise passe, l’Etat, qui détient pas moins de 84% du capital de l’énergéticien, aurait ainsi tranché en faveur d’un renforcement rapide des fonds propres du groupe, via un apport supérieur à 2 milliards d’euros, selon les informations du quotidien Les Echos. Une décision qui n’est pas encore actée, puisque le conseil d’administration de l’entreprise ne s’est pas, pour l’heure, prononcé sur cette proposition de l’État. Mais dont les conséquences se font déjà sentir, puisqu’EDF a cédé de 32% à 8,24 € ce jeudi à la Bourse de Paris.

7.5% du capital du groupe

Avant-hier, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, avait déjà assuré que toutes les options étaient sur la table concernant l’avenir d’EDF, y compris une nationalization totalal. Pour rappel, le groupe avait été introduit en bourse en 2005, passant à l’époque d’un établissement public de caractère industriel et commercial à une société anonyme de droit privé.

« Si toutes les options sont sur la table, elles sont toutes sur la table », a ainsi insisté Bruno Le Maire mardi sur BFM Business.

Après avoir appelé EDF en renfort pour faire face à la crise de l’énergie et geler les prix de l’électricité, l’exécutif semble donc plutôt se tourner vers une capitalisation, d’un montant représentant environ 7,5% du capital du group.

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Effet d’aubaine

Pourtant, le fournisseur d’électricité avait lui communiqué sur un impact de près de 8 milliards d’euros sur son EBITDA 2022 après les annonces de Bercy. Mais depuis plusieurs semaines, Bruno Le Maire accuses EDF de charger la barque de ses pertes, et martèle que les difficultés d’EDF ne découlent pas de la fameuse décision du gouvernement.

Fin janvier, une source ministérielle assurait ainsi à La Tribune que le groupe « ne sera pas aussi perdant qu’il l’affirme », puisqu’il pourra compenser par un gain réalisé l’année dernière du fait d’un « effet d’aubaine ». En effet, alors que les prix spot explosaient déjà sur le marché de l’électricité, le fournisseur a pu « vendre beaucoup et plus cher » que prévu au deuxième semistre 2021.

« Il ya des effets d’aubaine partout. La particularité avec EDF, c’est qu’on leur a simplement dit qu’il n’était plus possible d’en profiter étant donné la situation, car c’est une entreprise publique », précisait allors la source en question.

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Les résultats de 2021 publiés ce vendredi

Sur ce sujet, la réponse ne devrait en tout cas pas se faire tarder, puisqu’EDF publiera ses résultats financiers annuels dès demain, ainsi que sa guidance pour 2022. Reste que l’exécutif insiste: même si les chiffres s’avéraient mauvais, les difficultés tieendraient plus à « l’indisponibilité d’un certain nombre de réacteurs » qu’à la « décision de protéger les Français en plafond dans les prix de l’électricité », a répété Bruno Le Maire sur BFM Business ce mardi.

Une manière de répondre à ceux qui pourraient accuser l’exécutif de redonner d’une poche, ce qu’il a pris de l’autre. Mais qui interroge une nouvelle fois sur le rôle pour le moins ambigu de l’Etat-actionnaire, qui pèse comme une chape de plomb sur la valorisation du groupe, dont la capitalisation boursière a chuté de près de 70% depuis 2005.

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