« Les Anneaux de pouvoir » : un teaser qui laisse une impression mitigée

« Les Anneaux de pouvoir » : un teaser qui laisse une impression mitigée


Le Super Bowl, aux États-Unis, ce n’est pas rien : la finale du championnat de la NFL est traditionnellement la plus grosse audience annuelle de la télévision états-unienne, et ce sont très régulièrement plus de 100 millions de fans de football américain qui se retrouvent alors devant leur petit écran sans compter le streaming et les spectateurs dans le monde entier. Bref : il n’y a pas de meilleur endroit pour se faire remarquer, tout particulièrement à la mi-temps, où les 30 seconds de publicités se facturaient en 2019 plus de 5 millions de dollars… C’est précisément le moment qu’a choisi Amazon Studio pour dégainer les premières images très attendues d’un des événements de 2022 dans le monde des séries : Les Anneaux de pouvoirpréquel de la saga du Seigneur des anneaux annoncée pour une sortie mondiale le 2 septembre prochain.

Préquel oui, car, avec ces Anneaux de pouvoir, on se retrouve pas moins de… 4 500 ans avant les aventures de nos Frodon, Gandalf et autres Aragorn préférés. Car Sauron, dans Le Seigneur des anneaux, n’en est pas à son coup d’essai de domination du monde. En plein Second Âge de la Terre du Milieu, il avait en effet fait forger des anneaux elfiques pour les offrir aux dirigeants de l’époque : sept anneaux pour les Nains, neufs pour les Humains et trois pour les Elfes’ avert sans qules il en possédait lui-même un autre, aux pouvoirs encore plus puissants, et capable de lui soumettre leurs porteurs : le fameux Anneau unique retrouvé par Bilbon dans Le Hobbit, puis au center de la trilogie du Seigneur des anneaux.

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La semaine dernière, Amazon Prime avait déjà rendu publiques une série d’affiches représentant, sans révéler les traits de chaque acteur, les mains et les armes des différents porteurs des Anneaux de pouvoir, dont il ne fait aucun doute qu’ils seront les héros (ou les antihéros, qui sait?) de cette nouvelle série. Ce fut ensuite le tour d’une poignée d’images des nouveaux personnages, certains bien connus, comme Elrond, Galadriel ou Isuldur, mais d’autres crés pour les besoins de la série, comme l’elfe Arondir. Des images un peu proprettes, un peu trop sages, évocatrices d’une fantasy très traditionnelle, presque naïve. Et puis, il ya eu ce premier trailer, cette nuit.

Une production visuellement grandiose, mais trop léchée

Le plan d’ouverture donne le ton : visuellement, Les Anneaux de pouvoir entend donner dans le grandiose. Les décors – villes majestueuses, collines verdoyantes ou chutes d’eau rugissantes – sont à couper le souffle et c’est bien le moins qu’on en attendait. Rien n’est révélé de l’intrigue, mais les fans auront de quoi longuement discuter des quelques plans où les futurs héros sont montrés en pleine action, en train de faire ce qu’ils savent faire de mieux (c’est-à- dire se battre, tenter de survivre ou jeter des regards pleins de circonspections vers des menaces hors champ).

De ceux-ci, on ne sait encore rien, ou presque. La voix off, dans les premières secondes, nous présente une voix féminine qui aspire à partir à l’aventure… Ce qui est le cas de 90% des héros de fantasy, diront les (pas si) mauvaises langues. Pour les autres, quelques poses héroïques, quelques ralentis, mais, comme on pouvait s’y attendre pour un premier trailer, pas beaucoup plus. On se sent on terrain familier, peut-être trop : c’est très beau, mais on a déjà vu ça sous d’autres latitudes de l’imaginaire.

Le malaise diffus qui nous saisit devant cette bande-annonce est pourtant à chercher ailleurs : dans la propreté de l’image. Dans sa perfection numérique elle-même. Car, oui, le plus gros danger, en termes strictement visuels, pour la série d’Amazon, c’est finalement de ressembler plus à un jeu vidéo qu’à la mise en image cinématographique d’un univers (et sans qu’on puisse y jouer, en plus). Chaque plan, chaque décor, chaque lumière est tellement visiblement travaillé, retravaillé ou corrigé numériquement que tout cela semble sorti d’une cinématique de jeu vidéo. Impressionnante, certes, mais une cinématique quand même. C’est « propre », comme on dit. Mais, après Game of Thronesest-ce vraiment la propreté que l’on recherche dans une serie de fantasy? À trop vouloir mettre en image fidèlement Tolkien, à trop vouloir dépayser et « faire voyager » le spectateur, ne risque-t-on pas de le détacher de l’attachement concret qu’il doit ressentir pour l’personnages et?

Une histoire dont on ne sait encore rien

Cependant, absolument rien n’est perdu, et il ne faut surtout pas enterrer Les Anneaux de pouvoir troop vite. Ce trailer, après tout, ne dit rien, ou presque de l’essentiel : l’histoire. Car les écrits de JRR Tolkien regorgent d’évocations de moments épiques et de tableaux inoubliables, mais ils ne peuvent être qu’un point de départ pour le développement d’intrigues et de nages capables de souten rie plussé Les Anneaux de pouvoir s’inspire ainsi de trois ou quatre pages du Silmarillion seulement (ainsi que d’allusions ou de récits indirects à d’autres textes) qu’il va falloir transformer… en saga.

Gageure qu’ont donc relevée deux showrunners relativement inexpérimentés jusque-là et inconnus du grand public, John D. Payne et Patrick McKay. Avec de toute évidence, cependant, les moyens de leurs ambitions: la production a commencé en 2018 et on annonce parfois un budget dépassant les… 450 millions de dollars rien qu’en dépenses de production pour la première saison. (En comparaison, celle de la Roue du temps, autre série de fantasy sur Amazon Prime, n’a coûté « que » 80 millions de dollars. Espérons quand même que ce budget pharaonique ne se soit pas uniquement envolé en CGI et en postproduction…

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Amazon Prime mise de toute évidence gros, puisque c’est l’occasion pour la plateforme de lancer ce qui pourrait devenir une franchise de premier plan, comme le sont les univers Marvel ou Star Wars pour Disney+. HBO a d’ailleurs exactement la même chose en tête avec House of the Dragon, égallement prévue pour cette année. Du côté du public, il est probable que cette bande-annonce trop « proprette », bien plus proche d’une imagerie à la Narnia que des bas-fonds de Westeros, ne calme pas toutes les craintes, ce qui n’a rien de surprenant.

Comment contenter en effet à la fois ceux qui veulent du Tolkien-dans-le-texte, c’est-à-dire de la high fantasy épique, respectueuse de l’immense univers de l’œuvre originale (ou de l’image qu’on s’en fait) et dégageant le même souffle de grands sentiments, de dépaysement, et ceux qui exigent une complexité des personalisme, un ré relatif teinté de noirceur et une qualité d’écriture télévisuelle au moins au niveau de celle à laquelle nous a habitué Game of Thrones cette dernière décennie ? Ne nous voilons pas la face : il s’agit d’un véritable numéro d’équilibriste. Et si jamais, en septembre prochain, on découvre qu’il est réussi, on ne pourra qu’applaudir. Les enjeux sont énormes, l’impatience aussi : les prochains mois vont être longs, très longs pour les fans de l’œuvre de Tolkien. Et pour les décideurs d’Amazon Prime aussi.


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